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Avis d'Alain Lambert,sénateur de l'Orne, ex-ump

Voici,ci dessous le point de vue du sénateur Alain Lambert,voisin de notre département,soutien depuis novembre de François Bayrou....

"François Bayrou sera au second tour !"

Les deux prétendus partis majoritaires (UMP et PS) considèrent les autres comme de simples supplétifs. Des alibis servant au premier tour de parure démocratique afin de garantir à leur candidat l’exclusif accès au second tour.

Après l’échec de la pensée unique s’installe tranquillement l’idée délicatement déguisée de « pensée duale ». Hors les grands partis, point de salut politique. Telles les grandes enseignes nationales, les petits consommateurs de démocratie sont invités à ne plus se fournir en idées ailleurs que dans les hypermarchés pour pensées toutes faites. Les petits partis, tels les commerçants de quartier, perturbent la tranquille répartition du marché électoral. Avant d’ouvrir, ils devront d’ailleurs préciser à quelle grande marque ils se rallient. La cartellisation de la politique est en marche.

Les Français ne sont pas dupes. Ils savent que ces lignes infranchissables de partage créées par la Constitution à partir de 1962 fragilisent la cohésion du Pays, empêchent les réformes indispensables qui requièrent beaucoup plus de 50% d’adhésion.

En 2002 une premier avertissement a été adressé avec la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, éliminant le Premier Ministre en fonction.

En 2012, le paysage politique, issu de cette fracture démocratique, est facile à décrypter. Le Président sortant, pour avoir une chance d’être qualifié pour le second tour, doit aller à la pêche aux électeurs de Marine Le Pen en abusant des discours et des mots pour faire bien vite oublier ses velléités d’ouverture de début de mandat.
Le candidat socialiste est, pour sa part, condamné au grand écart entre les Verts, lesquels lui demandent l’impossible, ce qu’il accepte d’ailleurs sans barguigner, et le parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon qui veut lui faire renier l’Europe et l’Euro.

Voici donc les deux principaux attelages de compétition proposés aux Français, sommés de les trouver à leur goût : deux camps rongés, en leur sein respectifs, par des divisions philosophiques inconciliables et qui prétendent aller ainsi, dans l’ambiguïté, jusqu’au 2ème tour. Ils utiliseront alors un argument facile: éliminer l’autre, le diable, l’horreur, celui qui va soit ruiner soit abîmer le Pays.

Voilà sur quel chemin veulent nous conduire les deux grands partis.

La démarche de François Bayrou est salvatrice pour notre démocratie, pour la cohésion des Français. Il propose non seulement le retour du respect, du dialogue mais il prône aussi la recherche de consensus transparents sur l’essentiel. Une trajectoire claire et précise pour le redressement de la France scellée devant et par les Français eux-mêmes, lesquels seront garants de son plein accomplissement.

Si, comme cela est nécessaire, François Bayrou est présent au second tour, le candidat du camp dominant devra composer, accepter le dialogue, s’engager sur des pistes incontournables pour le relèvement du Pays.

Au lieu d’un choix binaire, bloc contre bloc, les Français auront alors un choix élargi à la solution dont les grands partis ne veulent pour rien au monde : une esquisse d’Union Nationale. Elle rassemblerait, au nom de l’intérêt supérieur de la nation, des personnalités d’horizons différents et prêtes à coopérer pour parvenir au redressement de notre Pays.

Casser la logique d’affrontement systématique est une exigence urgente et absolue d’intérêt général. La tempête dans laquelle nous sommes ne permet pas à la France de l’aborder divisée. La présence au 2nd tour de François Bayrou devient ainsi la meilleure chance pour le Pays. Pour la 1ère fois depuis 1965, la France aura le choix entre deux modèles démocratiques : le modèle binaire dans lequel elle est actuellement enfermée et le modèle ouvert permettant de réunir les bonnes volontés qui privilégient leur pays plutôt que leur parti.

Qu’on l’aime ou non, qu’on lui reproche ou non des décisions antérieures, François Bayrou est l’homme de la situation. Il a l’expérience de cette élection majeure, il a siégé à tous les échelons territoriaux, il a payé très cher le prix de la division, il s’est tenu à l’écart du gouvernement depuis 10 ans. De plus, il est libre, il est européen, il croit en l’importance vitale de l’Euro, il sait qu’il ne peut imposer ses vues à lui tout seul, il veut passer son contrat de gouvernement devant les Français, et les rendre témoins et garants de sa bonne exécution.
François Bayrou a tourné les pages des divisions passées et il invite tous ceux qui veulent participer au chantier de l’avenir et de la réussite de la France à le rejoindre.

Donnons-lui sa chance, elle aussi la nôtre.

 
1er Forum : Produire 14 janvier 2012

 

 

Premier forum : "Urgent et durable, le redressement de la France"

14 janvier 2012

Revivez le premier forum de l'Agenda 2012-2020 de François Bayrou, qui s'est tenu samedi 14 janvier à Paris.

"Nous voulons réhabiliter le 'gouverner c’est prévoir' dans une démarche de gouvernement et l’appliquer aux années qui viennent. C’est pourquoi nous avons inscrit ces deux dates : 2012-2020. Pas au hasard, bien entendu. 2012, ce sera le point de départ du redressement du pays. Nécessairement. Car désormais plus aucune échappatoire n’est possible. Les chances de voir la France arriver sans alerte grave à l’élection présidentielle du mois de mai me paraissent bien ténues", soulignait François Bayrou, le 30 novembre dernier, lors de la présentation de sa méthode de gouvernance.

"L’année qui vient, avant l’élection pour le peuple, après l’élection pour les gouvernants quels qu’ils soient, sera celle des grands choix. Nous partons des objectifs à huit années, pour en déduire l’action qu’il convient de proposer à un pays en état d’urgence. Si gouverner c’est prévoir, la gestion par objectifs est la bonne méthode à suivre", détaillait-il.

Le premier de ces forums fut consacré au thème "Urgent et durable : le redressement de la France". Nous vous proposons dès maintenant de le revivre .

Ouverture des travaux, par François Bayrou

 

Forum
Urgent et durable :
le redressement de la France
14 janvier 2011

Ouverture par François BAYROU

Je suis très heureux de vous retrouver, très heureux de saluer les personnalités qui sont
présentes.
Pour un exercice original, ce sera la première des manifestations de cet ordre que nous
avons l'intention d'organiser, mais c'est un exercice qui prend naturellement aujourd'hui
un sens particulier.
La France est entrée hier soir dans une nouvelle étape, il a été révélé hier soir aux yeux
des Français que la situation de notre pays était plus grave que les gouvernements
successifs ne l'avaient dit depuis longtemps.
Pour la première fois depuis le premier jour de la construction européenne, la France
n'est plus dans le peloton de tête des pays européens, et tout cela va avoir évidemment
des conséquences réelles et psychologiques importantes pour notre pays, pour son
économie, pour son économie réelle et bien entendu aussi, pour l'image de la France.
Cette situation pour nous n'est pas une surprise. Il y a des années, des années... il y a
dix ans que nous alertons, que nous avertissons, que nous disons aux Français que les
choix qui sont faits par les gouvernements successifs sont des choix dangereux et qui
allaient nous conduire dans une impasse.
J'ai dit les gouvernements successifs. Naturellement, il y a une responsabilité récente de
l'action des gouvernements de Nicolas Sarkozy, bien entendu. Et là encore depuis des
années, nous avons marqué avec force l'inquiétude que nous inspiraient les choix faits,
mais bien entendu cela vient de beaucoup plus loin. Cette situation a pris naissance
probablement au milieu ou à la fin des années 90. C'est une situation qui engage donc
la responsabilité des deux forces complaisantes comme principales : l'UMP et le PS.
Je dis la responsabilité : je vais expliquer pourquoi.
Bien entendu avant les gouvernements de droite il y avait un gouvernement de gauche
et dans tout cela les décisions sont cumulatives. Mais il faut voir ce qu'a été la vie
politique en France ces dernières années ! La vie politique en France, c’était des
gouvernements qui dépensaient y compris en baissant la fiscalité des plus favorisés.
Mais en face de ce gouvernement il y avait à l’Assemblée et dans la rue une opposition
qui exigeait qu'on dépense plus encore. Des gens qui dépensaient sans prudence et une
opposition qui appelait à dépenser beaucoup plus encore.
C'est ce que nous avons vécu, c'est ce que j'ai vécu dans la campagne de 2007, et de
2002.
Je rappelle que c'est en 2002 que je propose ce qu’on a depuis appelé « règle d'or »,
c'est-à-dire l'idée qu'il ne devrait pas être autorisé à un gouvernement, pour les
dépenses de fonctionnement de l'Etat, d'emprunter pour financer ces dépenses.
On devrait financer les dépenses courantes avec des recettes courantes, cet équilibre-là
c'est l'équilibre naturel des ménages, des entreprises, des États qui se portent bien.
Mais il y a très longtemps que l'on a perdu cela en France.
Et je me souviens très bien des sarcasmes que cette idée faisait naître à l'époque sur les
deux rives, droite et gauche. Et donc oui il y a une coresponsabilité.
Je ne mets pas tout le monde sur le même plan, la responsabilité de ceux qui prenaient
les décisions, étaient aux affaires, est une responsabilité évidente, mais ceux qui les
poussaient dans ce sens à aller plus loin encore, est réelle elle aussi.
Voilà la situation. Évidemment tous ceux parmi vous qui sont familiers de l'économie
savent ce que cette situation va entraîner comme conséquences sur des rouages
essentiels du crédit dans notre pays, du crédit pas seulement de l'État, mais aussi de
l'économie réelle, comme je l'indiquais.
Tous ceux qui sont familiers de la vie internationale savent aussi quelles vont être les
conséquences sur l'image de notre pays, sur son poids au sein de l'Union européenne,
notamment après cette longue séquence dans laquelle la France s'est présentée comme
étant l'équivalent de l'Allemagne.
Est-ce que on peut, de cette situation, tirer un bien, en tout cas un mieux pour l'avenir
du pays ? C'est cela la véritable question.
Je crois que l'on doit envisager l'avenir sous cet angle, et en tout cas pour une force
politique et pour un candidat qui propose un chemin différent au pays, je veux y voir au
moins un avantage, c'est que la nouvelle annoncée hier soir de la dégradation de la
France va obliger tout le monde à regarder la réalité en face, la réalité du pays et
l'obligation de quitter les chimères avec lesquelles on a vécu depuis si longtemps,
notamment d'abandonner cette espèce de réflexe national dans lequel une campagne
électorale, n'est pas autre chose que la promesse qu'il existe une baguette magique qui
fera qu'à partir du changement des dirigeants, on pourra dépenser l'argent, larga manu
et que l'on pourra ainsi satisfaire les revendications catégorielles des uns et des autres.
La décision d'hier va obliger tout le monde à regarder la réalité en face, pas seulement
dans les responsabilités, mais dans la compréhension de l'avenir.
Nous avons, depuis des semaines, placé la démarche originale à laquelle vous allez
participer aujourd'hui sous la maxime : « Gouverner c'est prévoir ».
Et cela ne prend pas seulement en compte les années écoulées. Oui, il y a eu des
responsables politiques qui ont prévu, mais aujourd'hui, c'est résolument vers l'avenir
que cette journée se tourne et comme vous l'avez vu, l'idée d'un Agenda, qui a été
utilisé en Allemagne par Gerhard Schröder à juste titre qui permet de placer l'action
politique dans un calendrier ; que ce calendrier n'est pas un calendrier de court terme
seulement, c'est un calendrier qui a un horizon ; et cet horizon nous l'avons
délibérément placé en 2020, c'est-à-dire au-delà naturellement des échéances
ultérieures si elles arrivent à leur terme.
Nous allons dire ce que nous voulons pour la France de 2020, à la fin de la décennie et
nous allons en tirer un certain nombre de décisions intermédiaires dans des étapes. Et la
première de ces étapes sera évidemment celle de l'urgence au lendemain de l'élection
présidentielle qui sera tranchée en mai 2012.
Calendrier et action, avec l'idée que ces orientations que nous allons choisir, ces
objectifs que nous allons définir, nous les inscrirons dans des lois-cadres qui seront
adoptées au début de la législature et qui définiront elle-même des étapes pour la suite.
Voilà l'enjeu de ce travail Agenda 2012-2020. C'est un travail original parce que ce n'est
pas « l’accueil » sans ligne directrice de réflexions différentes, hétérogènes, étrangères
les unes aux autres, c'est la confrontation d'un certain nombre d'orientations. C’est
pourquoi il y aura des rapporteurs qui vont, au début de chaque forum, expliquer ce que
nous croyons, ce que nous pensons. C'est la confrontation entre ces orientations qui
sont des orientations de grands traits de programme, avec l'expérience d'une centaine
d’entrepreneurs, cadres, économistes, experts de toute nature pour certains ayant une
expérience gouvernementale, pour d'autres une expérience parlementaire, pour les
troisièmes, un parcours de chefs d'entreprises très grandes, moyennes, toutes petites.
Une vraie confrontation avec la réalité vivante du pays, dans sa pensée et dans ses
réalisations.
Ces forums, qui se dérouleront en public, sont naturellement retransmis sur internet. Il y
aura des comptes-rendus et j'essaierai de tirer, en début d'après-midi, les conclusions
que m'auront inspirées ces échanges.
Donc, c'est une démarche comme vous le voyez beaucoup plus ouverte que les
démarches traditionnelles dans lesquelles, sans aucun jugement péjoratif parce que
nous avons fait cela assez souvent, on met trois ou quatre... -j'allais dire pékins-
soigneusement choisis à la tribune et qui échangent entre eux des propos dont on sait
le contenu à l'avance.
C'est beaucoup plus ouvert et beaucoup plus vivant. C'est une forme que nous avons
trouvée en Amérique du Sud, je crois même qu'elle est brevetée, mais nous n’avons pas
demandé l'usage du brevet... C'est la forme que Didier Borotra a proposée pour ce que
l'on appelle le « Foro de Biarritz » c'est-à-dire la rencontre annuelle une fois à Biarritz,
une fois dans une capitale d'Amérique latine, entre les dirigeants d'Amérique latine et
des dirigeants français et européens. Et donc, je veux rendre à César ce qui est à
César et à Didier Borotra cette idée qu’il nous a donnée. Voilà pour la définition des
forums.
Il y aura quatre forums. Celui d'aujourd'hui, 14 janvier, est consacré à "Produire".
Le deuxième, le 4 février, sera consacré à "Il n'est de richesse que d'hommes", la
phrase du grand humaniste Jean Bodin. Et donc c'est instruire, former, éduquer,
prévenir, donc la proposition faite aux enfants, aux jeunes, et aux adultes tout au long
de leur vie en matière d'éducation et de formation.
Le troisième, le 11 février : "Le nouveau pacte social" parce que nous pensons qu'il faut
une redéfinition, une réinvention du pacte social dans notre pays.
Le quatrième, le 25 février : "Le nouveau pacte démocratique".
Naturellement, ce ne serait pas le seul exercice de réflexion, de programme, d'annonce,
de projet. On aura des manifestations consacrées à l'Europe, on aura d'autres
manifestations consacrées aux divers phénomènes de protection de la nature, par
exemple bien que nous ayons aujourd'hui une des tables rondes consacrées au durable.
Voilà pour les quatre forums de cette importante réflexion sur l'avenir de la France.
Les trois tables rondes (des « grandes » tables rondes bien sûr, des tables de grandes
familles) de la journée sont consacrées pour la première au « Produire en France » :
quel avenir pour un appareil de production que l'on ferait renaître.
La deuxième : « Équilibre et croissance ». C'est là que nous allons étudier tous les
problèmes de retour à l'équilibre financier au service de la croissance nécessaire au
pays.
La troisième : « Produire durable ».
Évidemment la mutation du modèle de société est en germe dans ce que nous sommes
en train de vivre.
Ce n'est pas une crise « parenthèse » qui se refermerait avec retour à la situation
précédente, au statu quo ante. C'est une mutation de modèle que nous sommes en
train de vivre et que nous avons bien l'intention de porter.
Voilà les trois tables rondes de la journée. Je suis très reconnaissant à la centaine
d'intervenants qui ont accepté d'être là. C'est très rare, parce qu’accepter de participer à
une réflexion, c'est bien, mais accepter de participer à une réflexion dans laquelle on
sait qu'il y aura plusieurs dizaines d'autres intervenants, cela oblige en même temps à
rassembler sa pensée, c'est un grand effort dont je suis reconnaissant à tous ceux qui
vont y participer.
Une journée un peu exceptionnelle dans un contexte qui lui-même est exceptionnel,
historique, journée dont on se souviendra pendant longtemps d'autant que, comme on
sait, la décision de l'agence de notation Standard & Poors est assortie d'une nouvelle
menace : dégradation et perspective négative. Cela signifie naturellement que le souci
qui doit être le nôtre sera un souci de longue durée.
Je vous suis très reconnaissant d'être là. On va suivre avec attention les travaux
auxquels vous apporterez la richesse que votre vie et votre réflexion vous permettront
de nous faire partager.
Je vous remercie de votre attention.

 

RESUME CONDENSE  DU FORUM  1

 

Retour de forum...
« URGENT ET DURABLE,
LE REDRESSEMENT DE LA FRANCE »

Un forum qui ne pouvait s'ouvrir que sur la nouvelle récente de la perte du triple A et le constat amer de
l'échec de la politique du président actuel, qui malgré ses gesticulations et décisions d'urgence désordonnées,
n'a rien pu faire face aux mises en garde de l'agence Standard and Poor's.
« La nouvelle va obliger tout le monde à regarder la vérité en face »; c'est le seul avantage qu'y voit
François Bayrou, renvoyant dos à dos l'UMP et le PS, « co-responsables » de la situation.

Selon son analyse, la France aurait péché dès les années quatre-vingt en sacrifiant le modèle industriel et
en cédant aux sirènes financières anglo-saxonnes. Il ne cesse de rappeler que, dès 2002, il proposait déjà
une règle d'or budgétaire.

Il rappelle que ce premier forum est une initiative nouvelle, novatrice, qui ouvre un vaste chantier
2012-2020, car « gouverner, c'est prévoir » et il faudra du temps pour redresser le pays.

A l'issue des tables rondes (« Produire en France », « Équilibre et croissance » et « Produire
durablement »), qui ont donné lieu à des discussions nourries entre experts et acteurs de terrain, tous
conscients du chantier qui les attend, François Bayrou, esquisse quelques éléments de son programme :

Une loi cadre serait adoptée à l'automne pour fixer l'orientation d'une réindustrialisation du pays.

La création d'un « Commissariat aux stratégies », d'« avant-garde », pour que l'Etat, « stratège » , se
sente en charge de convaincre les acteurs, et livre « une réflexion pour la nation sur des progrès à faire,
sur des terrains à réoccuper, qui parle aux industriels, aux syndicats, aux organisations professionnelles,
qui leur propose de se rapprocher, qui surveille l'évolution des autres parties de l'Europe ou du monde,
qui discerne la stratégie qu'ils adoptent dans les technologies les plus nouvelles ».

L'état devra encourager la naissance de réseaux entre grandes entreprises et PME pour que ces
PME puissent profiter des capacités d'innovation des GME.

Un changement du climat social dans l'entreprise avec des réflexions à mener sur les taux de
syndicalisation, la gouvernance de l'entreprise, le financement des syndicats autant que des
organisations patronales. Pour les entreprises de plus de 500 salariés, des représentants des salariés
pourraient siéger avec droit de vote aux conseils d'administration.

Un label « produit en France » serait accordé sur demande de l'entreprise, librement, label
d'information qui indiquerait aux consommateurs de manière transparente quel pourcentage de la
valeur ajoutée du produit a été réalisé en France.

Une mutation en profondeur de la structure des charges qui pèsent sur l'entreprise est nécessaire
pour ramener les charges au niveau moyen qui sera celui des pays industriels qui nous entourent.

Une politique européenne industrielle doit être mise oeuvre soutenue par une véritable présidence
européenne car il n'est « pas en démocratie d'autorité politique sans légitimité démocratique »

Le déficit public devra être comblé en 2015, par une baisse des dépenses de 50 milliards et une hausse
équivalente des recettes fiscal. En 2020, la France doit avoir « retrouvé son modèle de société et sa
force ».

Le taux marginal de l'impôt sur le revenu doit être relevé de 41 % à 45 % et une nouvelle tranche à
50 % doit être créée. A chaque patrimoine supérieur à un million (hormis résidence principale et outil de
travail) devra être attribué un revenu théorique de 1 % intégré dans l'impôt sur le revenu.

Les heures supplémentaires ne seraient plus défiscalisées.

Une hausse modérée de la TVA pour réduire les dépenses est incontournable...

Dans le domaine de l'énergie, le nucléaire est une énergie de transition, dont on ne peut se passer pour
l'instant, mais les décennies prochaines seront celles des énergies renouvelables. Il faut par contre limiter
vite le recours aux énergies provenant du carbone fossile. Il y a urgence.

 

DISCOURS DE CLÔTURE
FORUM DU 14 JANVIER 2012-01-14

Mes chers amis, au terme de cette journée qui, j'en suis sûr pour beaucoup d'entre vous, aura été
passionnante, car plus de cent contributeurs ont pris part à la discussion, ont fait part de leur expérience
et ont quelquefois vigoureusement partagé conviction et certitude.
Au terme de cette journée, je voudrais faire un point sur ce premier sujet que nous avons choisi comme
un des axes principaux, pour ne pas dire un des deux axes principaux de ce grand débat national qui va
s'ouvrir avec l'élection présidentielle. Nous n'imaginions pas que ce débat aurait lieu le jour même où la
France, hier soir, a appris qu'elle vivait un moment lourd de son Histoire, un moment qui a été ressenti
comme tel par la majorité de nos concitoyens avec la dégradation de la note triple A de notre pays,
l'agence Standard & Poors indiquant qu'il y avait, de surcroît, une chance sur trois pour que cette note
subisse dans les mois à venir une deuxième dégradation.
Bien entendu, ceci a une résonance particulière au sein du peuple des citoyens français, résonance
accrue par le fait que l'Allemagne a été confirmée dans sa note et que d'autres pays, les Pays-Bas, sont
dans le même cas.
Cela permet de vérifier deux choses dont j'avais pris la responsabilité d'avertir les Français depuis de
longues années.
D'abord, que la politique d'insouciance qui a été pratiquée depuis des années ne pouvait manquer de
nous conduire à de graves risques. Nous y sommes.
Ensuite, que cette crise est, pour une grande part, une crise nationale. La preuve en est que ces pays que
je viens de nommer, l'Allemagne, les Pays-Bas, avec la même monnaie que la nôtre, le même pacte
social que le nôtre, présente un tout autre bilan. Pour l'Allemagne, je vous rappelle simplement les
chiffres : en croissance 3 % (vous savez où nous, France, nous en sommes) ; au niveau de l’emploi
avec une grande vague de licenciements en Allemagne à l'agence pour l'emploi parce que, dans de
nombreuses régions allemandes il n'y a plus de chômeurs, et en enrichissement du pays.
Je ne dis pas que tout est bien chez les autres et tout mauvais chez nous. J'essaye d'éviter les
simplismes, mais il y a là évidemment un symptôme frappant de ce qu’est aujourd'hui la réalité de la
situation de la France comparée à celle de ses voisins.
Cette crise est la plus grave économiquement, psychologiquement, que la France ait vécue depuis plus
de 50 ans. Elle a des ramifications nombreuses et elle ne provient pas d'une seule cause, naturellement,
mais j'ai une certitude, c'est que cette crise, ce moment critique pour notre pays nous impose de tout
reprendre à la source dans la stratégie nationale qui a été celle de la France, dans la décision publique
aussi bien que dans la structure de l'État, dans les rapports de l'État avec la société et, notamment, avec
les acteurs économiques.
Je veux vous dire ce que je crois : la tâche qui est devant nous, devant le peuple français pour les
années à venir est la même que celle que la France a dû affronter en 1958. Les doutes sont les mêmes,
la crise financière est la même. À l'époque, c'est auprès du fonds monétaire international que notre pays
allait, comme on disait, faire ses fins de mois pour payer ses fonctionnaires et la capacité de rebond est,
du moins je le crois, la même. Les ressources humaines, l'énergie, la capacité du pays n'ont pas changé.
Nous en sommes là, car de mauvaises orientations ont été prises, de mauvaises décisions ont été
suivies. Il ne tient qu'aux Français de choisir un autre cap et ils le choisiront en choisissant un nouveau
président au mois de mai.
Il faut que nous identifions la source de cette crise. La source est dans l'effondrement de la capacité de
production de notre pays. Ses conséquences sont dans la chute de l'emploi, l'appauvrissement
consécutif au déficit du commerce extérieur permanent est sans cesse accru et le déficit et la dette ne
sont que les symptômes les plus frappants.
La stratégie que nous devons adopter, c'est de nous attaquer à la cause du mal et, alors, la
démoralisation du pays cessera, la dépression que nous traversons vient du sentiment que la crise est
sans issue, que nous ne pouvons pas en sortir.
Alors, nous croyons, je crois le contraire.
Nous pouvons en sortir, même s'il faudra des années, mais je préfère des années de mobilisation à des
années de lamentation.
Nous pouvons en sortir à condition de choisir la stratégie claire et solide que la situation exige de
tourner la page sur nos faiblesses et sur la première d'entre elles, la division du pays quand il s'agit de
l'essentiel.
Je vais être plus précis encore. La vraie cause de la morosité française, de la dépression dans laquelle le
pays donne parfois l'impression de s'enfoncer, ce ne sont pas les défis qui sont devant nous, c'est que
nous n'avons pas encore commencé à nous y attaquer.
Nous avons cédé à l'agitation factice et repoussé sans cesse les décisions, les réformes qui s'imposent
au lendemain et rien au fond n'est plus angoissant.
Retrouver la production : il n'existe aucun autre moyen de rétablir la situation de la France.
Il n'y a pas d'emploi sans production. Il n'y a pas d'intégration des jeunes dans la vie active sans
production. Il n'y a pas de pouvoir d'achat sans production. Il n'y a pas de finances publiques en
équilibre sans retour de la production et, symétriquement, il n'est pas de retour à la production sans
retour à l'équilibre.
Alors, stratégie, le mot veut dire que l'on choisit une route, que l'on sait où l'on va.
Trop souvent, depuis des années, on a eu l'impression d'un grand désordre là où l'ordre aurait dû régner.
On a eu l'impression, pas l'impression, on a eu la certitude de l'improvisation, de la fébrilité, de
décisions uniquement en réaction à l'actualité la plus immédiate. C'est avec cette immédiateté fébrile
qu'il faut rompre. Il faut, c'est l'objet de l'Agenda 2012-2020, un calendrier d'action où la fixation du
but à atteindre, de l'horizon que l'on définit, compte autant que les décisions d'urgence et c'est
précisément cela que nous avons voulu en entrant aujourd'hui dans cet Agenda 2012-2020 qui précisera
exactement les décisions, les périodes que nous allons choisir dans les années qui s'annoncent après
l'élection présidentielle.
Juin 2012, après les élections législatives, c'est la rentrée parlementaire et les premières décisions
d'urgence à prendre.
En 2015, c'est pour nous le terme du plan de rééquilibrage des finances publiques que je vais
naturellement évoquer.
En 2017, il y aura, semble-t-il, une nouvelle échéance, si elle vient à son terme.
En 2020, au tournant de la décennie, la France devra avoir retrouvé son modèle de société et sa force.
Nous avons donc choisi d'obtenir en 2020, de fixer comme but au pays en 2020, nous avons choisi pour
cet horizon la France productrice, une France ayant pleinement retrouvé sa capacité de production,
sachant innover, produire et vendre, car seuls innover, produire et vendre peuvent assurer l'avenir de
notre pays.
Nombreux sont ceux qui croient en réalité -et on l'entend bien sous les discours des uns et des autres-
que c'est impossible. Pour moi, c'est cet aveu d'échec qui est impossible. D'abord, ce n’est pas avec sa
tête que l'on dit non à l'abaissement, c'est avec son cœur ou avec ses tripes, comme vous voudrez, parce
que, au fond, c'est la même chose.
C'est en ayant devant les yeux le visage de ses enfants, c'est avec ceux que la vie vous donne comme
amis d'enfance, pour moi, amis de village, les ouvriers, les paysans, ceux dont les enfants prenaient,
comme l'on disait, l'ascenseur social. C'est avec une idée de son pays, grande histoire, grande identité,
grande puissance, chaque fois qu'il a été humilié ou amoindri, chaque fois il s'est redressé et ranimé.
Je sais bien que c'est difficile. J'en ai une preuve certaine. C'est que si ce n'était pas difficile d'autres
l'auraient fait.
Je sais bien que c'est exigeant. Autrement, on n'aurait pas l'impression de vide devant lequel les
Français se trouvent.
C'est d'abord une question politique, c'est-à-dire une question de cohérence et, ensuite, de persévérance.
Or, si les deux qualités que nous pouvons revendiquer sur les longues dernières années, vous et moi,
c'est notre obsession depuis des années de la cohérence et notre abonnement depuis longtemps à la
persévérance.
Cohérence et persévérance des qualités de résistance et ce seront, si les Français le veulent, des qualités
de présidence. Il faut une détermination : cohérence et persévérance furent des qualités de résistance et
ce seront, si les Français le veulent, des qualités de présidence.
Il faut une détermination, une stratégie, il faut que le pays s'y tienne dans le long terme et dans le court
terme. Dans ce calendrier, le moyen terme et le long terme seront des étapes de la réalisation du même
dessin : s’y tenir, maintenir l'effort, ne pas changer comme on le fait depuis des années tous les quatre
matins pour satisfaire au dernier sondage, à la dernière tendance, comme l'on dit. Tout cela, tenir et
maintenir, c'est le début de la confiance.
Pourquoi tant d'acteurs économiques n'investissent-ils plus ? Pourquoi ne prennent-ils pas les décisions
qui s'imposeraient ? Parce qu'ils ne savent pas ce que demain sera. Dans un pays où l'on n'est même pas
sûr, la remarque vaut pour les uns et pour les autres, de ceux que j'appelle les PPP, partis
provisoirement principaux ! Dans un pays où l'on n'est même pas sûr qu'ils maintiendront une demi-
journée, les annonces principales qu'ils font à destination des Français sur la fiscalité, sur la fusion de la
CSG avec l'impôt sur le revenu, sur le quotient familial, sur le mariage homosexuel, ce qui est annoncé
le matin est dénoncé l'après-midi.
Alors, on se demande s'ils ont réfléchi avant de parler.
On a l'impression qu’en fait ils réfléchissent comme réfléchissent les miroirs, ils réfléchissent les
sondages ou ce qu'ils croient être décrit dans les sondages, car ils ne parlent pas pour dire le fond des
choses, ils ne parlent pas pour mettre dans le débat ce que, comme homme d'État ou comme homme
tout court, c'est encore mieux, ils ont de plus précieux, de conviction chevillée au corps.
Ils parlent, ils annoncent, ils publient pour dire ce qu'ils croient que les gens veulent entendre.
Et bien, ceci n'est pas notre démarche. Ce n'est pas notre conception ni notre pratique.
Je crois que l'on dirige un pays, que l'on construit son avenir avec des orientations de fond, avec des
choix qui engagent, que l'on peut expliquer à tous, d'abord et surtout à ceux qui n'ont ni relation ni les
codes secrets du langage des initiés.
Voilà pourquoi je crois que conduire une action politique à la tête d'un pays, c'est d'abord un devoir de
pédagogie civique.
Il y a eu une erreur d'orientation profonde et à laquelle il faut que nous répondions par une
réorientation.
On s'est trompé en France depuis les années 80 et peut-être plus gravement encore au cours des années
90. Nous étions un pays d'ingénieurs, on a cru qu'il fallait en faire un pays de financiers.
Jean Peyrelevade a très finement analysé de quelle manière le modèle anglo-saxon, américain et
britannique, appuyé sur la puissance que représentaient la Livre et le Dollar, deux monnaies de réserve
du monde, a fasciné la planète.
La France avait un autre modèle de société, une société de producteurs industriels et agricoles. Elle en
avait même fait un modèle politique assis sur de grands choix industriels que, de De Gaulle à Valéry
Giscard d'Estaing, elle a maintenus.
Puis, paradoxalement, parce que c'était un gouvernement socialiste qui était au pouvoir dans la longue
période où cette mutation est intervenue, dans les années 80 et 90, notre pays a, sans s’en apercevoir,
subrepticement rendu les armes à l'autre modèle -celui où la maîtrise industrielle cédait le pas à la
maîtrise financière sans condition- adoptant avec enthousiasme toutes les normes, notamment
comptables et même juridiques qui n'étaient pas les nôtres et dont les marchés financiers était le
parangon, le plus pur champ d'application. C'était un combat en réalité culturel et nous l'avons perdu.
Peu à peu, nous nous sommes alignés.
Je n'ignore pas que cette politique industrielle d'État avait des défauts. Elle entraîna sans doute des
erreurs et il suffit d'appuyer sur le bouton pour que l'on puisse en nommer quelques-unes et, alors, la
mémoire dira : le Concorde et le plan Calcul et on stigmatisera cette attitude.
Il demeure que l'effacement de cette politique laissa notre pays sans stratégie, chacun jouant pour son
compte, chacun des acteurs cherchant, comme l'on dit, à maximiser ses profits.
Résultat : les pays qui avaient une forte solidarité nationale, les pays à stratégie comme l'Allemagne,
avec la détermination peut-être implicite, mais en tout cas partagée par tout le monde, de défendre la
place de leur production, de défendre de vrais liens entre entreprise et banque, ces pays ont sauvé
d'abord et porté ensuite leur appareil de production au plus haut niveau mondial et nous, nous n'avons,
peu à peu, plus accordé beaucoup d'attention à l'appareil de production.
Et bien, je pense que nous devons affirmer devant les Français qu'il y a un grand enjeu dans cette
élection présidentielle. Il faut changer de modèle. Au lieu du modèle financier, il faut retrouver le
modèle d'un pays qui produit.
Retrouver la production, voilà la mère de toutes les batailles. Tout doit être subordonné à cette ardente
obligation, ce qui signifie une chose très simple et très exigeante. Il faut que, dans les trois années à
venir, à l'échéance 2015, notre pays ait réussi à inverser la tendance d'effondrement continu de la
production qui dure depuis trente ans. Si nous voulons remonter au sommet de la courbe, il faut que, à
un moment, dans les trois années qui viennent, la courbe s'infléchisse et cela, nous ne pouvons et,
d'ailleurs, ne devons le faire qu’en nous appuyant sur les forces retrouvées de notre pays et dans le
cadre d'une Europe qui, elle-même, doit avoir sur ce sujet une vraie stratégie.
J'ai prononcé ces mots : les forces retrouvées de notre pays.
Cette phrase est un choix politique, une affirmation politique qui oriente ma vision. Elle signifie que ce
n'est pas de l'extérieur que viennent nos faiblesses, donc ce ne sera pas de l'extérieur que viendra notre
redressement.
Il est vain de croire que c'est "la faute de la mondialisation" ou que c'est "la faute de l'Europe" ou "la
faute de l'Euro". La mondialisation est en marche depuis des siècles, elle sera dans l'avenir plus ou
moins fluide, notamment pour des raisons qui tiennent, par exemple, au prix de l'énergie, mais
n'écoutez pas les menteurs ! On ne refermera pas nos frontières et si l'on avait la folie de le faire, ce
serait un drame parce que nous pouvons en apporter la preuve. Nous avons vu en grandeur réelle sous
nos yeux ce qu'il advenait dans le même pays, dans la même société, de l'évolution parallèle d'une
société fermée et d'une société ouverte.
L'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest, la Corée du Nord et la Corée du Sud. Deux pays
identiques, deux sociétés identiques séparées par une frontière artificielle.
D'un côté, on ferme, de l'autre côté, on ouvre. Point de départ identique et point d'arrivée terrible et
dramatique pour les uns et spectaculaire et bienfaisant pour les autres.
Nous ne devons donc pas céder au mensonge. Il faut avoir la force et le courage d'affirmer que ce n'est
pas en fermant les sociétés qu'on les sauve, mais c'est en acceptant qu’elles demeurent ouvertes.
C'est donc sur nos propres forces, sur notre propre capacité de réforme que nous devons nous appuyer
pour construire la France productrice.
Je veux ici, en évoquant les forces retrouvées de notre pays, répondre à ceux qui m'ont objecté assez
souvent que nous, courant de pensée européen, nous n'aurions pas dû poser la question sous l'angle
national, mais sous l'angle de l'union uniquement. Je crois que, quoique bien intentionnés, ils se
trompent et je voudrais vous dire pourquoi. Bien entendu, je sais qu'il faut une stratégie européenne. Il
y a des enjeux qui sont hors de portée d'un pays seul, mais deux raisons imposent que l'effort soit
national : il faut une politique nationale de reconquête parce que la totalité de la solidarité s'exerce et se
finance dans le cadre national.
Il n'est pas indifférent que les emplois soient situés en Allemagne ou en France ou dans un autre pays
européen. Il n'est pas indifférent que les revenus soit localisés d'un côté ou de l'autre de la frontière.
Dans un cas, ils acquittent les impôts qui soutiennent les services publics et des taxes sociales qui
permettent de financer nos régimes sociaux et dans l'autre, non. Dans un cas, ils font solidarité et dans
l'autre, non.
Il faut une politique nationale de reconquête, car il faut, dans le cadre de l'Union européenne, un vrai
équilibre entre les pays différents qui la forment et les sociétés différentes qui y vivent.
De même que, dans un pays donné comme le nôtre, comme la France, il faut un aménagement du
territoire, des activités harmonieusement réparties, des régions équilibrées, de même il faut des activités
au plus près des populations harmonieusement réparties dans l'espace européen.
Il faut, pour que l'Europe marche, qu’elle soit formée d'un ensemble de pays également en bonne santé
et pas un déséquilibre entre des pays en santé éclatante entourée d'autres, de jour en jour, plus fragiles.
L'Europe, c'est un équilibre, c'est même la civilisation de l'équilibre et elle doit aussi s'exprimer dans la
répartition des activités sur le sol des pays qui la forment.
Retrouver la France productrice en 2020, cela impose l'application de la gestion par objectif que
propose l'Agenda 2012-2020, de fixer le but à atteindre, de définir des étapes intermédiaires, de les
intégrer dans un plan et enfin, de décider de l'urgence. Ce qui impose donc d'identifier clairement, dans
les mois qui viennent, les décisions, les orientations que nous allons devoir assumer et, ainsi, répondre
aux raisons de fond qui expliquent notre effondrement.
Je propose que cette réflexion sur les raisons de fond soit ou reprenne un modèle qui a été celui des
années 58/60, concerté non seulement avec les forces politiques, mais avec les entreprises et les
partenaires sociaux et le modèle que j'évoque est naturellement celui du rapport Rueff-Armand que
chacun de ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Vème République a présent à l'esprit.
Le but est qu'une loi-cadre puisse être adoptée quelque part du côté de la rentrée parlementaire à
l'automne 2012, une loi dont le sujet sera le réarmement productif de la France.
D'ores et déjà, je veux vous livrer les orientations que je crois nécessaires.
La première question, cela explique que nous choisissions la méthode des lois-cadres pour orienter
notre action, c'est la confiance.
Ce que nous devons écrire, préparer et voter, ce seront des textes en petit nombre, denses dans leurs
énoncés, bien écrits (j'espère), durables, destinés à garantir que, sur une longue période, les axes choisis
par le pays ne changeront pas. La confiance en matière juridique, en matière fiscale, c'est la stabilité
dans la durée.
Ensuite, il faut une mobilisation générale et une stratégie.
Mobilisation générale : changement d'état d'esprit, mentalités autant que règles, mobilisation des
entreprises, des ingénieurs, des chercheurs, des commerciaux, car on ne produit que si l'on sait vendre,
des réseaux de distribution, des consommateurs, du système de financement.
La mobilisation est d'ordre psychologique. Elle dépend donc du peuple et elle doit être portée par ses
élus au premier rang desquels celui qui a été choisi pour incarner, un temps, le destin du pays, le
président de la République.
La mobilisation, comme vous le voyez, ne vient que si les élus l'apportent et le débat politique
l'incarne.
Voilà pourquoi l'élection présidentielle est cruciale.
Il faut aussi une stratégie, c'est-à-dire une organisation, une incitation. Une stratégie est une incitation
portée de la manière la plus légère, car bien entendu, dans ce domaine rien ne se décrète du haut.
Imaginative, car tout est à inventer en France dans le domaine d'une stratégie nationale de production
associant des acteurs libres.
Ambitieuse, car le principal obstacle sera dans l'esprit des acteurs dont on peut craindre que, parfois,
chacun verra d'abord son intérêt et la dimension de ses propres difficultés.
L'État, troisième conviction, en raison de ce qu'il est en France, doit être stratège. Il y a des pays qui
peuvent se passer d’État. Entre nous, il y en a moins que l’on ne croit. Dans les grandes réussites
économiques du siècle, chaque fois qu'un pays a su se transformer rapidement, son État, quand il
existe, a joué le rôle d'aiguillon et de fédérateur.
Tout le monde sait, je pense au MITI japonais, l'agenda que l'Allemagne s'est donnée au début des
années 2003/2004 qui a abouti en 2009/2010, et en France plus qu'ailleurs, il en a toujours été ainsi.
Notre énergie donne toute sa mesure quand un État stratège accepte de la prendre en charge et de la
porter.
Je m'empresse de dire que « stratège » ne veut pas dire, comme en grec, commandant en chef. Cela ne
veut pas dire : je décide, ils exécutent. « Stratège » cela veut dire un État qui se sent en charge de faire
partager un plan de bataille et qui se donne pour tâche de convaincre les acteurs.
L'organisme qui était chargé de préparer et de porter la stratégie existait. C'était le Commissariat au
Plan. Alors, bien entendu, cela avait un côté un peu rétrograde. Les plans quinquennaux sur le modèle
du Gosplan soviétique. Tout le monde voit bien qu’il y a des années qu'ils ne sont plus de saison, mais
une réflexion pour la nation qui ouvre sur des progrès à faire, sur des terrains à réoccuper, qui parle aux
industriels, aux syndicats, aux organisations professionnelles, qui leur propose de se rapprocher, qui
surveille l'évolution des autres parties de l'Europe ou du monde, qui discerne la stratégie qu'ils adoptent
dans les technologies les plus nouvelles, c'est non seulement de saison, mais d'avant-garde.
Je ne reprendrai pas le mot pour ne pas choquer, mais je défendrai l'idée d'un commissariat aux
stratégies tourné non seulement vers le pouvoir politique, mais vers la société civile. J'ai toujours été
frappé de ce que Jacques Delors dit sur ce que le Commissariat au Plan a apporté à la France : tout ce
croisement de prospectives, d'expériences, d'inventivité.
En discutant de ce sujet avec Jean Peyrelevade hier soir, il disait qu’au fond, le bon nom -mais
malheureusement, il est pris ou heureusement, il est pris- c'est le nom d'une revue qui
s'appelle « Futuribles ». « Futur » d'un côté et « possibles » de l'autre.
En effet, Commissariat aux Stratégies, c'est une idée qui parle du futur et des possibles. Pour la société
française, je trouve que c'est une bonne idée.
Quand on pense à la Chine, la grande Chine, dont je ne méconnais pas les travers, mais que l'on mesure
les décennies de réflexion à l'avance que prépare son appareil d'État, je me dis que les quelques
dizaines de talents et d'expériences que nous placerons dans cette réflexion sur les stratégies seront un
bon et juste investissement, léger et rempli d'intelligence prospective. Naturellement, tout cela se fera
sans dépenser un euro de plus, puisqu'ils seront prélevés tout simplement sur les moyens de
fonctionnements de l'État.
Un Commissariat aux Stratégies pour la République française.
Nous avons besoin de soutenir les entreprises, notamment les PME. C'est un lieu commun désormais. Il
est répété à peu près partout que la force de nos voisins tient au réseau de leurs entreprises moyennes.
Nous avons laissé s'affaiblir ce réseau. Il faut, au contraire, le soutenir.
Nous avons deux moyens de le soutenir. D'abord une politique qui incitera à faire naître des réseaux
entre les PME et les grandes entreprises, contrairement à ce que trop souvent on dit : je veux soutenir
devant vous que les grandes entreprises sont un des atouts maîtres de la France.
C'est généralement sous-estimé parce que c'est caricaturé, parce que ces groupes sont éclatés en
myriades d'entreprises différentes, mais ces groupes sont une puissance et un atout pour notre pays. Ils
maîtrisent de très importants réseaux d'exportation, ils ont une très grande maîtrise de la recherche
appliquée dont ils portent d'ailleurs la majorité des investissements, ils ont acquis la maîtrise des
processus de production les plus contemporains : numérisation, automatisation, dont on sait que ces
processus vont, à coup sûr, dominer la décennie à venir.
Alors, ces grands groupes, bien entendu, ont déjà commencé à partager ces processus et ces réseaux, à
les transmettre, à accepter que se greffent à leurs compétences des entreprises en développement et ils
le font en général avec leurs sous-traitants, mais d'autres entreprises peuvent profiter de cette capacité
d'innovation. Ces entreprises seront plus souples, plus réactives, elles sont donc complémentaires avec
les grands groupes. C'est un devoir d'État de pousser à la création de réseaux entre les grandes
entreprises et les petites et moyennes entreprises en France. Premier moyen de les aider.
Deuxième moyen de les aider : nous avons besoin d'instruments nouveaux de financement.
Ces dernières années, des progrès ont été faits : OSEO, par exemple, le FSI, tout cela n'a pas été sans
fruits, mais très souvent les entreprises, surtout moyennes ont des besoins par exemple en fonds propres
devant lesquels les banques et les réseaux de financements habituels sont frileux. Nous avons donc
besoin d'un instrument nouveau de crédits aux entreprises qui sera décentralisé, qui enrichisse l'offre de
crédits et nous avons besoin, on tranchera cela d'ici au mois de mars, de ressources nouvelles qui
permettent de sécuriser l'épargne qui serait dirigée vers ces entreprises. Deuxième type d'action en
faveur des PME : de nouveaux instruments de financement pour les aider.
Il faut, autre certitude pour moi, changer le climat social dans l'entreprise. Peut-être d'ailleurs, si j'avais
vraiment fait les choses dans l'ordre d'importance des choix, c'est par ce point que j'aurais dû
commencer mon propos. Il faut changer le climat social dans l'entreprise.
Aujourd'hui tout paraît organisé pour que rien ne bouge. Le blocage endémique, la guerre froide sociale
qui s'est instaurée dans les relations entre l'entreprise et les salariés, c'est l'une des principales faiblesses
de la France.
C'est d'ailleurs aujourd'hui la même chose dans le dialogue social à l'échelon national et l'État porte
dans ce blocage une responsabilité.
Chaque fois que l'État dit "Mesdames et messieurs les organisations syndicales et professionnelles,
vous allez ouvrir une négociation et, si cette négociation ne se conclut pas dans les deux mois, je vais
voter une loi" mes chers amis, ce n'est pas autre chose qu'organiser le blocage, la stagnation et la guerre
froide parce qu'à ce moment-là chacun se met en situation d'attente et au fond se prépare à flinguer,
pour entretenir sa réputation auprès de ses mandants, les décisions qui seront prises.
Eh bien, ceci est une déresponsabilisation et nous savons depuis longtemps que le progrès est dans la
responsabilisation, et pas dans la déresponsabilisation.
Je propose donc que s'ouvre, dès la fin du processus électoral du printemps, un travail approfondi qui
pourra prendre plusieurs mois sur l'évolution de la démocratie sociale en France. Bien des sujets
devront être mis sur la table et tous ne seront pas consensuels : les taux de syndicalisation, la
gouvernance de l'entreprise, le financement des syndicats autant que des organisations patronales et
cela me permet de dire au passage qu'il est honteux que le rapport de Nicolas Perruchot ait été interdit
de parution et même d'évocation sous peine de poursuites pénales par un accord souterrain et conjoint
de l'UMP et du PS en une décision en réalité digne de l'Inquisition !
Je pense que, dans le domaine des relations sociales en France et dans l'entreprise, il faut faire un pas
décisif. Je proposerai donc que, pour les entreprises de plus de 500 salariés, des représentants des
salariés siègent avec droit de vote aux conseils d'administration.
Bien sûr que c'est un pas, bien sûr que c'est un changement très important. Je crois que ce pas et ce
changement sont bienvenus et j'ai été heureux ce matin d'entendre de grands chefs d'entreprises autour
de la table soutenir une telle idée.
Bien sûr, les modalités devront être discutées, puisque les comités d'entreprises y sont aujourd'hui
représentés sans droit de vote, mais avec droit de vote et sans droits de vote, ce n'est pas la même
chose, ce n'est pas le même statut et les problèmes ou les règles qui toucheront à la désignation
mériteront d'être soigneusement réfléchis.
Pour ma part, je pense que l'élection directe sur liste ouverte à tout syndiqué et non-syndiqué est le
système le plus simple et le plus transparent, celui qui donnera le plus de légitimité à ceux qui
représenteront les salariés au sein de l'entreprise.
Je soutiens qu'il faut associer les consommateurs aussi à cet immense enjeu du produire en France. Au
temps de la traçabilité et des labels de production bio ou commerce équitable, j'ai la certitude qu'il
existe une attente des consommateurs qui, librement, a prix ou à qualité égale, voudront soutenir les
emplois et la valeur ajoutée dans leur pays. J'ai été très heureux de constater qu'en quelques semaines
cette idée a fait des progrès inattendus. J'ai même vu fleurir des drapeaux tricolores sur les produits
"blancs" comme l'on dit et j'en ai était très heureux. J'ai vu se multiplier les articles de journaux, les
enquêtes, les reportages sur des réussites industrielles qui relocalisent ou qui ont surmonté le défi du
maintien de la production sur notre sol.
Nous savons tous que la complexité de la production fait bien entendu qu'une part des produits est très
souvent intégrée en provenance d'autres pays parfois lointains. Je pense que c'est légitime,
l'introduction de composants, même de composants à coût de revient plus bas, n'est ni anormale ni
choquante.
Je pense que l'important est de conserver les produits et de les regagner et c'est précisément la bataille
que nous avons perdue en France donc je soutiendrai l'idée d'un label « produit en France », vous aurez
observé que j'ai dit « produit en France » et pas « made in France », non pas que je n'arrive pas à
comprendre ce que « made in France » veut dire ! On est Pyrénéen, mais polyglotte... troglodyte
comme disait une grand-mère chez moi ! Et donc j'arrive à comprendre cela, mais c'est une
revendication de fierté que d'employer sa propre langue.
Je propose donc un label accordé sur demande de l'entreprise, librement, sans qu’il soit imposé à qui
que ce soit et par qui que ce soit, un label d'information qui indiquera aux consommateurs de manière
transparente quel pourcentage de la valeur ajoutée du produit a été réalisé en France.
Ce pourcentage pourra par exemple être certifié par une association ad hoc regroupant des
consommateurs. Je trouve que ce doit être léger. Ces labels montreront à chacun ce qu'il paye pour son
emploi, celui de ses proches, pour la retraite et quand il fait ses courses.
Ils nous aideront aussi à prendre conscience des forces qui sont les nôtres, de la qualité, de l'excellence
de nombreux produits français dont on ne savait même pas qu'ils existaient et nous verrons alors que
nous avons tous les atouts pour figurer avantageusement dans la compétition mondiale car c'est
évidemment dans la compétition mondiale que les choses se jouent.
Conviction supplémentaire : l'enjeu principal est bien entendu celui des charges qui pèsent sur les
entreprises, et là Jean Arthuis de nouveau lève les yeux ! Vous observerez que je n'ai pas dit seulement
des charges sur le travail, car les charges fiscales d'imposition directe ou indirecte, les charges sociales,
les charges administratives, tout cela fait masse. Par exemple, la différence dans l'impôt sur les sociétés
-une étude vient de sortir- peut être du simple au double à entreprises comparables dans le même
secteur d'activité entre deux pays voisins, par exemple la France et l'Allemagne.
Il n'est pas sain et il est dangereux pour nos emplois que la majorité du financement de la protection
sociale repose encore sur le travail, je dis bien sur le travail, car ce sont les entreprises qui payent, mais
en prélevant sur les sommes qu'elles pourraient verser aux salariés. Je crois que nous devons nous
donner trois ans pour réfléchir et mettre en place une mutation en profondeur de la structure des
charges qui pèsent sur l'entreprise pour amener ces charges au niveau moyen qui sera celui des pays
industriels qui nous entourent.
Pourquoi ai-je été réservé sur la TVA ?
Malgré les débats nombreux, nourris que nous avons eus avec beaucoup de ceux qui sont dans cette
salle, mais comme au bout du compte c'est moi qui dois prendre la responsabilité, je veux vous en
expliquer les raisons. Pourquoi j'ai été réservé ?
D'abord parce qu'on n'envisage pas une réforme de cette ampleur in extremis dans les dernières
semaines précédant une élection présidentielle.
Ensuite, parce que tout mouvement d'ampleur se traduirait, et il faut un mouvement d'ampleur si l'on
veut obtenir un effet, autrement tout le reste sera marginal, par une hausse massive du coût de la vie
que paieraient d'abord les salariés, mais aussi les retraités et les chômeurs.
Enfin, parce que seul l'argent dépensé et non l'argent épargné acquitterait cette charge, et comme un
grand nombre de familles, les moins favorisées, dépensent par nécessité tout ce qu'elles gagnent, elles
seraient amenées à consacrer une part de leurs ressources plus grande que celle des plus favorisés.
Enfin, ultimement, je dois être tout à fait honnête, parce que nous aurons nécessairement besoin d'une
hausse modérée de la TVA pour réduire le déficit qui nous coule, mais il est nécessaire de penser à
d'autres bases plus justes, plus équilibrées, pour le prélèvement des cotisations sociales.
Je maintiens que c'est juste et donc nécessaire et je propose d'en faire un chantier à part entière, une
réflexion partagée d'abord et ensuite deux années pour la transition qui sera, je le crois, nécessaire.
Un allégement de ces charges permettrait aux entreprises de trouver un peu d'oxygène pour investir, ce
qui est la condition même de leur survie et de leur développement.
Enfin, la situation exigera une stratégie européenne.
Il est des produits que nous avons perdus, nous France, mais que toute l'Europe en même temps que
nous a perdus. Je cite souvent l'exemple qui me choque le plus, celui des écrans plats, produit de grande
consommation, universel, omniprésent, des smartphones jusqu'à l'écran de télévision, des ordinateurs
aux tablettes, produits de très haute technologie, produits dans lesquels on ne peut pas dire que le
travail manuel pèse d'un poids décisif. Il est produit en salle blanche avec le plus au niveau d'exigence
de performance.
Alors pourquoi nous, Europe, avons-nous perdu la fabrication de tous les écrans plats ? Aucun pays ne
pourra les reconquérir pour son compte, reconquérir non pas la technologie actuelle, puisqu'elle est
hélas entièrement captée, mais la technologie suivante, je ne sais pas laquelle elle sera, mais je suis sûr
qu'il y aura une technologie suivante et c'est à celle-là, me semble-t-il, qu'il faut aller.
Aucun pays ne pourra les reconquérir pour leur compte ou pour son compte. Il faut donc une stratégie
européenne concertée avec des investissements qui ne seront pas négligeables. Il est temps que la
politique économique de l'Europe qui s'est, jusqu'à maintenant, limitée à une politique de la
concurrence devienne aussi une politique industrielle.
L'Europe se trompe de chemin quand le souci de ses États-membres est de se surveiller, j'allais dire de
se neutraliser, avant de réfléchir à ce qu'ils peuvent faire ensemble.
Toute la législation actuelle est pourtant dominée par une seule crainte : empêcher qu'un pays membre
fausse la concurrence en avantageant ses entreprises au détriment de celle des autres.
Je dis que nous devons avoir une politique active en commun, une politique industrielle et qu'elle ne
doit pas se limiter à de rares grands programmes, fussent-ils aussi prestigieux qu'Airbus l'a été
autrefois. C'est le complément naturel de l'intimité entre nos économies.
Dans tous les secteurs d'activité, il faut se fixer un objectif stratégique. L'Europe ne peut pas accepter
d'être complètement absente d'aucun des grands secteurs d'activité. Elle doit raisonnablement être
présente dans la concurrence sur son propre marché. Il ne doit pas, il ne devrait pas pouvoir exister de
secteurs de production dans lesquels l'Europe ne vise à atteindre de l'ordre de 50 % de son propre
marché.
La France proposera à ses partenaires européens un plan de reconquête des marchés dont elle est
absente et en particulier dans les secteurs de haute technologie, cela sans protectionnisme, avec une
démarche fondée sur l'offre, sur la qualité.
À ceux qui me disent que cette bataille est perdue, il en est beaucoup, je réponds qu'elle n'a pas encore
été livrée. Nous avons d'immenses compétences dans les services, dans les technologies de pointe.
Appuyons-nous sur ces forces pour reconquérir des filières que l'on aurait tort de croire perdues pour
l'Europe.
Il y a de plus en plus de haute technologie incorporée dans les produits de la vie courante, dans
l'électroménager, dans les équipements sportifs. Il y a de plus en plus de design et de marketing dans le
textile, comme l'ont montré de nombreuses entreprises françaises ou européennes. Nous pouvons
gagner des positions dans ces secteurs en concurrençant les produits à bas coût d'aujourd'hui par des
produits à forte valeur ajoutée demain.
Le succès des grandes aventures industrielles, on pense par exemple à l'automobile, n'a pas d'autre
secret, mais toujours s'agissant de l'Europe, il n'y a pas de reconquête sans reconstruction de l'ordre
dans les domaines monétaires et budgétaires.
Les choix qui ont été faits ces derniers mois ont conduit à la situation chaotique que nous avons sous
les yeux et dont nous payons hélas les additions, les fragilités sont trop grandes pour que l'on imagine
pouvoir continuer ainsi sans accident.
L'absence de surveillance et de transparence, sur la situation de certains États, la Grèce bien sûr, mais
d'autres dont la France n'est pas exclue, le jeu de maquillage des chiffres, le refus de solidarité et
d'intervention en soutien, de la Banque centrale ou d'un organisme qui lui aurait été adossé, ont permis
aux soupçons de se propager.
Cette propagation n'est pas finie. J'écrivais cette phrase quelques heures avant d'avoir la nouvelle que
nous avons eue hier soir.
Cette propagation n'est pas finie. Nous n'en sommes pas aux conséquences ultimes, mais de tout cela
on ne sortira pas sans une refondation en profondeur des mécanismes de loyauté, de transparence et de
solidarité en tout cas à l'intérieur de la zone euro.
Il est de la responsabilité des institutions européennes de garantir la vérité des chiffres et la loyauté des
engagements pris. C'est le rôle de la commission d'être la première agence de notation ou de faire naître
auprès d'elle une agence de notation prévisible et lisible pour tous les acteurs économiques et politiques
et je dis ma conviction : il sera de la responsabilité de la Banque centrale d'intervenir pour empêcher
une dégradation de la situation lorsque nous en serons menacés.
Cela veut dire que l'Europe, si elle veut exercer cette responsabilité, doit avoir à sa tête une autorité
politique. Elle doit cesser d'être un ensemble vide, une zone d'échange sans volonté, sans capacité,
labyrinthique. La réforme de l'Europe est nécessaire à la reconstruction de notre pays, notamment.
Seule l'Europe peut conduire une politique d'équilibre avec nos grands partenaires, la Chine en
particulier, pour qu’aucun artifice, par exemple une sous-évaluation chronique de la monnaie, ne
vienne porter atteinte à la loyauté des échanges. Une vraie autorité politique est nécessaire, mais en
démocratie, il n'est pas d'autorité politique sans légitimité démocratique.
Pour jouer pleinement le rôle indépendant qui doit être le sien, pour rendre tout son poids à une voie
communautaire de plein exercice, l'Europe a besoin d'un président, et ce président doit tenir sa mission
d'une élection et pas d'une désignation diplomatique.
Un jour, et nous soutiendrons cette démarche, le président de l'Union qui présidera à la fois la
Commission et le Conseil, devra être élu au suffrage universel direct. S'il est besoin d'une transition, il
peut être élu par un Congrès des parlements de l'Europe représentant à parts égales les parlements
nationaux et le parlement européen, mais il faut qu'il échappe à la crise d'anonymat, à la crise
d'incommunication dans laquelle il est fondé. Il faut qu'il trouve la légitimité démocratique qui en fera,
auprès des citoyens, le visage de l'Europe et leur défenseur dans le débat entre pays et grandes zones du
monde.
Mais, pour en revenir à la France, il n'y aura pas d'investissement ni d'accès facile au crédit ni de taux
d'intérêts assez bas pour être intéressants pour les entreprises sans une remise en ordre des finances
publiques.
Aujourd'hui, l'État est presque perçu comme un risque ou une hypothèque sur notre pays, alors qu’il
devrait être un soutien et un garant de dernier recours.
La remise en ordre doit être rapide. Le déficit budgétaire, je vous dis ma conviction, doit être supprimé
en trois exercices par un plan sérieux et progressif qui reposera à parts égales sur la diminution des
dépenses et l'augmentation des recettes. Les pays qui ont réussi le redressement de leurs finances ont
toujours dû jouer sur les deux leviers des dépenses et des recettes, au moins dans un premier temps.
Le déficit à combler est aujourd'hui de l'ordre de 100 milliards, soit, selon le principe de la réduction à
parts égales des dépenses et des recettes, 50 milliards de dépenses et 50 milliards de recettes. C'est à
mettre en rapport avec les 1100 milliards de dépenses de l'État de la protection sociale et des
collectivités locales et les 960 milliards de prélèvements.
Ces sommes sont à atteindre en trois exercices et demi. Un collectif budgétaire devra être voté dès
l'installation de la nouvelle Assemblée Nationale permettant de mettre en place les premières mesures
de rééquilibrage ensuite les budgets 2013, 2014 et 2015 doivent permettre de réaliser le plan de
modération des dépenses conjugué à une recherche juste et équilibrée des recettes.
On me dira que, trois ans, c'est irréaliste, mais ce qui est irréaliste, c'est de croire que nous avons du
temps devant nous, c'est de croire que nous pourrions disposer d'une longue période d'accalmie en
dehors du cours de l'histoire pour nous rapprocher lentement à pas comptés de l'objectif. C'est ce qui a
été fait jusqu'ici et cela n'a pas marché.
Plusieurs principes devront animer l'action du gouvernement.
Je voudrais évoquer la maîtrise de la dépense en valeur, en euro courant qui, si elle était maintenue,
permettrait à elle seule, avec une inflation autour de 2,5 %, de dégager l'équivalent de 25 milliards
d'économies par an et, si je compte bien, 25 milliards d'économies par an, cela fait en deux ans
atteindre l'objectif de 50 milliards.
En tout cas, même en ménageant une marge de souplesse, cet objectif peut être atteint en trois ans. Les
niches fiscales devront, pour certaines d'entre elles, être supprimées, par exemple la défiscalisation des
heures supplémentaires ne se justifie en rien. Les heures supplémentaires qui apportent de la souplesse
au temps de travail et des revenus complémentaires aux salariés peuvent être en partie déchargées pour
compenser la prime à verser aux salariés.
C'est ma proposition de 2007, je ne la renie pas, mais il n'est pas normal, il est même injustifiable que
le revenu qui en est issu ne soit pas soumis à l'impôt parce qu'il n'y a pas de différence entre le revenu
d'un salarié provenant d'une entreprise qui n'est pas florissante et qui assume entièrement l'impôt et
ceux d'un salarié qui provient d'une entreprise en très bonne santé donc dans laquelle il y a des heures
supplémentaires.
Il y a un principe simple : tous les revenus devraient être soumis à l'impôt et il n'y a pas de différence
dans la nature de ces revenus qui proviennent, pour les salariés, de l'entreprise.
L'impôt sur le revenu devra être rendu plus progressif, avec une tranche marginale actuellement fixée à
41 % qui serait portée à 45 % et une tranche marginale nouvelle pour les plus hauts revenus fixés par
exemple autour de 20000 € par mois, qui acquitteraient 50 %.
Donc, deux tranches, celle de 41 % portée à 45 % et une tranche marginale supplémentaire à 50 %.
L'impôt sur la fortune, impôt de solidarité sur le patrimoine : je considère qu'il est justifié en période de
crise, mais il doit être rationalisé et simplifié pour être débarrassé de ses effets les plus néfastes.
Plusieurs schémas sont envisageables. Ils doivent naturellement être appliqués après abattement de la
résidence principale et exclusion de l'outil de travail, mais je considère qu'il est normal qu'à partir d'un
patrimoine de 1 million d’euros, il y ait une participation de solidarité. Je propose que l'on adopte le
système suivant : chaque patrimoine supérieur, après les abattements que j'ai indiqués, à 1 million
d’euros se verrait affecté d'un revenu théorique de l'ordre de 1 % et intégré dans la base de l'impôt sur
le revenu, ce qui veut dire qu'au maximum il serait frappé d'un impôt de solidarité sur la fortune de ce
taux marginal de 50 %.
Eh bien, je trouve qu'un impôt de 0,5 % sur le patrimoine, c'est juste et c'est nécessaire dans la situation
de crise où le pays se trouve et ce sera ainsi un moyen de se singulariser. Applaudissements... C'est un
sondage très intéressant, car je vois ainsi la différence dans l'assemblée, entre ceux qui n'atteignent pas
le seuil et ceux qui le dépassent et qui donc sont tout d'un coup beaucoup moins saisis de sympathie à
l'endroit du projet que je porte ! Rires... Applaudissements...
La TVA devra être augmentée de manière modérée pour participer à la suppression du déficit et ma
certitude, c'est que tous les gouvernements le feront dans la situation de crise où l'on se trouve.
Cette hausse de l'ordre de deux points contribuera, pour une vingtaine de milliards, au retour à
l'équilibre de notre pays et l'expérience a prouvé que, si cette hausse est modérée, elle est souvent
absorbée en partie par le circuit commercial et de distribution, et que deux points de TVA cela peut
n'entraîner qu'un point d'augmentation du coût de la vie.
J'insiste sur ce point.
Le redressement de nos comptes publics ne doit pas être vu comme un exercice sacrificiel, comme une
série de soustractions qui nous appauvriraient. Ce redressement ne nous rendra pas moins riches. Les
avantages dont nous nous berçons aujourd'hui sont illusoires puisqu'ils sont financés à crédit. Il est
même certain que ce redressement nous rendra plus forts. Il ne sera pas seulement fait de moins, mais
aussi et surtout de plus.
Loin de connaître des effets récessifs prononcés, les pays qui ont redressé leurs comptes ont en général
bénéficié d'une accélération de leur croissance et d'une phase d'expansion prolongée.
Le Canada en a donné un exemple éclatant, et c'est bien naturel : on entreprend d'avantage, on se tourne
avec plus de confiance vers l'avenir quand on sait que chaque année qui passe renforce les excédents,
consolide les retraites et permet d'engranger plus d'acquis.
Remettre de l'ordre dans nos comptes constitue aussi une véritable occasion de repenser en profondeur
l'action publique, de la rendre plus juste et plus efficace.
C'est particulièrement vrai pour la rénovation de notre État qui accompagnera et même précédera
nécessairement le retour à l'équilibre.
Je vais peut-être abréger les paragraphes qui suivent ! Je veux simplement en arriver à cette idée qui
faisait l'objet de la troisième table ronde et sur laquelle j'achèverai cet énoncé.
La mutation que nous vivons n'est pas un passage à vide après lequel le monde redeviendrait ce qu'il
était auparavant. C'est au contraire l'occasion et la nécessité de faire changer notre modèle de société et
d'inventer un nouveau modèle dans lequel le durable, la qualité d'être durable, sera évidemment l'article
le plus important.
Durable, parce qu'il prendra en compte l'intérêt des générations qui viennent.
Durable, parce qu'il pourra s'ouvrir sur l'emploi.
Durable, parce qu'il garantira l'équilibre des comptes et désendettera les générations.
Durable, parce qu'il sera évidemment respectueux de notre environnement.
Je ne veux pas entrer longuement dans le débat sur l'énergie, mais je veux le faire de manière claire.
Lorsqu'on débat d'énergie en France aujourd'hui on débat essentiellement du nucléaire. Je pense que
l'on se trompe, car si les scientifiques ont raison, et je crois qu'ils ont raison, la question principale
aujourd'hui est le réchauffement de la planète, que certains estiment devoir être certain à deux ou trois
degrés et dont on peut imaginer qu'il risque même d'atteindre quatre ou six degrés en moyenne de
réchauffement. Cela entraînerait des changements considérables dans notre mode de vie.
Si cette affirmation scientifique est vraie, alors la question principale est l'utilisation de carbone fossile
dans les énergies que nous utilisons tous les jours. Je veux simplement rappeler que la question du
nucléaire en termes d'énergie consommée, c'est quelque chose comme 15 ou 16 % de l'énergie finale et
qu'en revanche, les énergies fossiles, le pétrole, le gaz, le charbon, c'est quelque chose comme 70 % des
énergies finales que nous utilisons.
Si cette certitude scientifique est juste et si les chiffres que je viens d'énoncer le sont, alors on voit bien
que la priorité, c'est de changer nos habitudes dans l'utilisation de l'énergie, nos habitudes qui utilisent à
profusion carburants et combustibles provenant du pétrole, du gaz ou du charbon et d'en réduire
l'utilisation, notamment dans le transport et dans nos logements.
Là, doit être la priorité. Je dois reconnaître que l'industrie a fait des progrès considérables dans les
économies d'énergie et dans une utilisation plus rationnelle et plus respectueuse, mais notre vie
quotidienne, non.
L'utilisation dans le chauffage, l'absence d'isolation, les progrès insuffisants qui ont été faits dans les
moteurs automobiles, tout cela, c'est un défi qui est devant nous. Je considère que, dans le projet de
société durable que nous voulons adopter, l'utilisation des énergies qui proviennent du carbone fossile
doit être impérativement limitée et ce doit être notre première priorité.
Je veux dire un mot du nucléaire et des énergies renouvelables et je vais faire une profession de foi. Je
suis persuadé que, dans quelques décennies, c'est-à-dire une génération ou deux, les énergies
renouvelables qui proviennent de l'éolien, du solaire, du photovoltaïque, de l'énergie irrésistible qui
existe dans la mer, les hydroliennes, ces énergies non polluantes pour la planète, auront gagné un
terrain considérable.
Je pense que c'est à portée de la main et que c'est affaire d'une génération ou de deux. Dans ces
conditions, j'estime que le nucléaire peut être une bonne énergie de transition dans la mesure où cette
énergie-là ne rejette pas de gaz à effets de serre. Elle explique en particulier que la performance de la
société française par rapport à la société allemande qui est de l'ordre de 40 % de moins de rejets de gaz
à effets de serre par unité.
Je considère que cette énergie de transition peut être utile et je ne la rejette pas a priori, à une condition,
c'est que les questions de sécurité soient évidemment traitées et deviennent une garantie absolue pour
les citoyens.
J'ai été heureux de voir l'Agence de Sûreté Nucléaire édicter les prescriptions qu'elle a formulées à
propos des centrales nucléaires françaises. Ce n'est pas tout à fait rien. Ce sont des travaux de l'ordre de
10 milliards d’euros qui ont été prévus pour garantir, d'abord, que le disjoncteur fonctionnera bien et,
ensuite, que le refroidissement des centrales, une fois la réaction nucléaire arrêtée en cas d'accident,
sera garanti avec 100 % de sécurité. Je pense que, s'il le faut, il faut renforcer encore la sécurité, les
garanties offertes par une telle agence de sécurité. Naturellement, cela ne s'arrête pas là.
Le projet de société durable, c'est aussi des changements de mode de vie, changements dans les
déplacements, économie de déplacement et technologies de l'information. Tous peuvent, en effet,
autoriser des comportements nouveaux. Tous, vous parlez avec vos enfants ou vos frères et sœurs par
Skype, c'est évidemment une pratique tout à fait intéressante qui favorise le télétravail. La liaison de
tous les logements avec Internet sera évidemment un très grand progrès.
Voilà ce que je voulais vous dire sur ce dernier point du projet de société durable qui va entraîner une
mutation bienfaisante des modes de vie pour chacun d'entre nous.
Je veux finir avec une seule idée. Tout ceci, les défis qui sont devant nous, la reconquête du produire, le
rééquilibrage de nos comptes publics, l'invention d'un nouveau modèle de société, est impossible si la
vie politique française ne change pas.
La vie politique française qui est, depuis cinquante ans, une vie politique d'affrontements stupides entre
bords politiques opposés ou prétendument opposés, qui passent leur temps à s'injurier par-dessus la tête
des Français et à se faire réciproquement porter la responsabilité des accidents qui touchent notre
peuple, est une vie politique régressive et pénalisante.
Nous ne pouvons pas relever les défis qui se présentent devant nous et dont la longue liste que j'ai
évoquée devant vous donne à peine une idée, s'il n'y a pas en France, un esprit nouveau, un esprit
d'union nationale ou d'unité nationale comme vous voudrez, qui permettra enfin de faire travailler
ensemble sur l'essentiel, sur un cahier des charges défini, et garanti par les Français au moment de
l'élection du nouveau président de la République, des sensibilités différentes toutes légitimes, mais qui
doivent s'accorder au lieu de se diviser sur le redressement du pays.
Autrement, c'est impossible. Autrement nous n'y arriverons pas. Autrement, nous irons d'échec en
échec comme on l'a vu hélas depuis trop longtemps.
Il n'y a que l'élection d'un nouveau président de la République indépendant des forces
traditionnellement dominantes, toutes alourdies par des affaires multipliées, et des réseaux sans
nombre, et des intérêts qui tiennent au passé, et des cadavres dans les placards, un président de la
République avec un projet dans lequel les Français se reconnaîtront pour garantir que, désormais, la vie
politique va changer et que la France va se redresser.
Je vous remercie

 

 
TVA sociale : «Aucun des arguments avancés ne tient la route», selon Alain Madelin
Alors que François Bayrou lui même s'est déclaré circonspect voire oppose à la mesure de la TVA sociale telle que proposée  par le gouvernement, cf l'émission  Bourdin 2012, sur BFMTV de ce mercredi 4 janvier 2012 :
http://www.youtube.com/watch?v=0a2edpMkwrw              (cliquer sur le lien)
voici ci dessous un point de vue argumenté,opposé à l'idée  de Jean Arthuis,émanant, -oh surprise-, d'un ultra libéral Alain Madelin ........
03/01 | 17:45 | mis à jour à 17:56 | Veronique Le Billon et Frederic Schaeffer | des  Echos

L'ancien ministre et président de Latour Capital n'est pas favorable à la TVA sociale que le gouvernement souhaite mettre en place avant la présidentielle. Elle « offre des avantages largement illusoires pour un coût politique important », explique-t-il aux « Echos ».


Nicolas Sarkozy a-t-il raison de vouloir instaurer la TVA sociale d'ici à l'élection présidentielle ?

Nicolas Sarkozy ne parle pas de TVA sociale, mais seulement d'une réforme du financement de notre protection sociale, idée qu'il a maintes fois présentée dans le passé. La TVA sociale telle qu'elle est aujourd'hui défendue par le patronat et à un degré moindre par l'UMP, offre des avantages largement illusoires pour un coût politique important. C'est une mauvaise idée économique, dangereuse politiquement. Après avoir voulu être le président de la hausse du pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy se ferait le candidat de la diminution du pouvoir d'achat.

D'un strict point de vue économique, cette TVA sociale s'analyse à la fois comme une mini-dévaluation -on renchérit le coût des importations et on baisse celui des exportations-et une mini-déflation salariale. On réduit à la fois le coût du travail pour les entreprises et le pouvoir d'achat des salaires, ce qui est économiquement équivalent à une diminution des salaires. En mettant aussi au passage à contribution les fonctionnaires, les retraités et les chômeurs.


Pourquoi y êtes-vous alors défavorable ?

Parce qu'aucun des arguments avancés ne tient la route. Dire que grâce à la TVA sociale, les produits importés contribueront au financement de notre protection sociale est absurde. Ce ne sont pas les produits importés qui paient l'impôt mais les consommateurs de ces produits. « Mettez une taxe sur les vaches, ce ne seront pas les vaches qui la paieront », dit l'adage. La même facture sociale restera payée par le même nombre de Français.

Prétendre aussi que la TVA sociale permettrait de donner un avantage compétitif aux produits français et de lutter contre les délocalisations ne résiste pas davantage à l'examen. Le transfert proposé se limitera très vraisemblablement aux charges patronales liées à la politique familiale, soit 30 milliards, et même sans doute un peu moins. Cela représente au plus 4% du coût du travail.

Si vous prenez une entreprise comme les skis Rossignol, que Nicolas Sarkozy a visité récemment, le poids de la main d'oeuvre dans leurs produits est de 20%, cela représente donc un gain de compétitivité d'environ 1%. Dans un secteur industriel où les gains de productivité sont de 3 % à 4% par an, où la concurrence étrangère dispose d'une main-d'oeuvre jusqu'à dix fois moins chère et où une simple variation du taux de change avec l'euro peut atteindre 10% en quelques mois, il est illusoire de prétendre ainsi restaurer la compétitivité de la France ou de lutter contre les délocalisations.


Le resserrement des écarts de coût du travail avec l'Allemagne ne vous inquiète pas?

Je ne dis pas qu'il n'y a pas de problème de coût du travail en France, notamment dans les industries de services, mais la TVA sociale est une usine à gaz dont le rendement est beaucoup trop faible. La clef de la compétitivité est ailleurs : dans la créativité, la qualification des salariés, l'innovation et les services associés. C'est l'investissement qui fait la productivité et les bons salaires.

Le Medef se trompe de combat. Qu'il se batte plutôt pour l'investissement ou la défense du capital investi dans les entreprises, pas pour une main d'oeuvre toujours moins chère. Les vraies relocalisations se feront demain grâce aux robots, donc grâce à l'investissement. Il y a deux fois plus de robots industriels en Italie qu'en France, trois fois plus en Allemagne ; c'est cela le vrai défi de la compétitivité industrielle.


La TVA sociale doit-elle s'accompagner d'une baisse des dépenses pour être plus efficace ?

En terme de compétitivité, une baisse des charges sociales qui s'accompagnerait d'une baisse des dépenses sociales serait assurément bénéfique. Mais dans un pays partiellement paupérisé où tant de Français ont des fins de mois douloureuses, une telle baisse des dépenses n'est pas d'actualité, sauf à ouvrir le grand chantier de la reconfiguration de notre Etat providence, à la manière des sociales démocraties d'Europe du Nord réformées par des politiques libérales. Ce serait là assurément une meilleure question pour la présidentielle.

La fiscalisation des allocations familiales, à défaut d'être une potion miracle pour la compétitivité des entreprises peut cependant servir à clarifier notre protection sociale en distinguant mieux dans nos dépenses sociales celles qui relèvent de l'assurance de celles qui relèvent de la solidarité

La TVA sociale doit-elle s'accompagner d'une baisse des dépenses pour être plus efficace ?

En terme de compétitivité, une baisse des charges sociales qui s'accompagnerait d'une baisse des dépenses sociales serait assurément bénéfique. Mais dans un pays partiellement paupérisé où tant de Français ont des fins de mois douloureuses, une telle baisse des dépenses n'est pas d'actualité, sauf à ouvrir le grand chantier de la reconfiguration de notre Etat providence, à la manière des sociales démocraties d'Europe du Nord réformées par des politiques libérales. Ce serait là assurément une meilleure question pour la présidentielle.

La fiscalisation des allocations familiales, à défaut d'être une potion miracle pour la compétitivité des entreprises peut cependant servir à clarifier notre protection sociale en distinguant mieux dans nos dépenses sociales celles qui relèvent de l'assurance de celles qui relèvent de la solidarité

 
la déclaration de candidature à la Présidence de la République de François Bayrou

 

 

"Je me présente devant vous en homme libre"

07 décembre 2011

François Bayrou a cette fois lancé très officiellement sa troisième campagne présidentielle. François Bayrou a cette fois lancé très officiellement sa troisième campagne présidentielle. ©

 

 

Déclaration de candidature à l'élection... par bayrou

(cliquer sur le lien ligne précédente pour la video)


C'est à la Maison de la Chimie à Paris et devant un parterre de journalistes, que François Bayrou a annoncé officiellement sa troisième candidature à l'élection présidentielle de 2012. Dans un discours où il a réaffirmé sa volonté de se poser en rassembleur, il a rappelé ses engagements envers les Français dans le contexte particulier de crise que le pays traverse.


Mesdames, Messieurs, chers concitoyens de métropole, d’outre-mer et de l’étranger,

Je me présente devant vous, en homme  libre, avec un projet et une volonté pour notre peuple et pour notre pays.
Je dis pays et je dis peuple. Nous Français sommes un peuple qui doit tout à son pays. C’est la France, son unité, son histoire, son État qui a permis au peuple français de se former. « France, mère des arts, des armes et des lois » chantait du Bellay. Notre culture, nos valeurs républicaines, la laïcité qui n’a pas de prix, notre langue, notre école, notre solidarité, autant dire notre idéal universel, nous l’avons reçu de la France. Et c’est cela qui nous a rassemblés et fait vivre ensemble.
C'est pourquoi quand la France va mal, les Français vont plus mal encore.

La France, depuis des années, va mal. Un vrai mal d’un pays tout entier : le regard des parents sur l’avenir de leurs enfants va mal, le regard des citoyens sur leurs élus va mal, le regard des enseignants sur la société, et le regard sur les enseignants, va mal, le regard de la société sur les jeunes va mal.

Cette dégradation est dangereuse. Elle pourrait être sans retour. Nous avons donc, nous Français,  une chose à décider : cela ne peut pas durer, cela ne peut plus durer.
Il faut un choc, un choc salutaire.
Il faut qu’après cette élection, ce ne soit pas comme avant. Il faut que le peuple français sache pour lui-même, et les autres peuples avec lui, qu’il a choisi de tourner une page, de sortir de l’impuissance et du brouillard, et qu’il débute un autre chapitre de son histoire.
Il faut qu’il soit clair que la France prend un chemin nouveau. Ou plutôt qu’elle retrouve un chemin abandonné depuis longtemps. Le chemin qu’elle a pris en 1958, dont les repères, les mêmes qui nous sont nécessaires aujourd'hui sont : lucidité et volonté.

J’ai dit lucidité. Non pas seulement la lucidité des dirigeants ; cela, ce serait simple à juger. Il suffirait de se demander : qui a vu venir la crise, qui en a montré les raisons, qui en a averti les Français ? La réponse serait sans ambigüité.
Mais la vraie question, c’est la lucidité de tout un peuple, la lucidité des citoyens. Parce que sans lucidité, pas de volonté, donc pas d’issue. Pour faire naître la lucidité des citoyens, la vraie arme, c’est l’arme de la vérité. C’est à cette arme de vérité que je me tiendrai tout au long de cette campagne électorale.

Voici la première affirmation de cette campagne de vérité : ce que vit la France, ce n’est pas une crise. Parce qu’une crise, dans l’esprit de tous, c’est un épisode, presque météorologique, auquel on ne peut pas grand-chose, qui vient d’ailleurs, qui vous tombe dessus, et qui est destiné à passer, comme le dit la sagesse populaire « après la pluie, vient le beau temps. »
En ce sens, ce n’est pas une crise. Ce que vit la France c’est un affaiblissement continu, depuis des années et des années, une anémie toujours plus grave. Les dirigeants successifs n’ont pas prévu, n’ont pas vu, n’ont pas osé voir ce qui se préparait pour notre pays. Ils sont responsables. Et donc responsables aussi un peu nous tous, le peuple qui les a élus.
Il s’agit dans cette élection de ne pas recommencer avec le même aveuglement, les mêmes facilités, les mêmes promesses qui ne seront pas respectées. Tous ceux donc qui nous diront à longueur d’émissions et de meetings que les causes de nos difficultés viennent d’ailleurs, que nous les subissons, qu’elles proviennent du monde, de la finance capitaliste, des banques, de l’Europe, de l’euro, de l’immigration, tous ceux-là en réalité nous dévoient et nous désarment parce qu’ils nous empêchent de regarder en face nos insuffisances et nos erreurs.
Or il s’agit de regarder en face la situation, c’est une guerre que nous sommes en train de perdre ! Il s’agit donc de mobilisation de toutes les volontés, de toutes les forces de notre pays, pour arrêter la marche arrière, arrêter de battre en retraite, regagner pied à pied le terrain perdu. Et cela peut se faire en peu d’années : je veux vous rappeler qu'en 1958 la France faisait ses fins de mois au FMI. Trois ans après, elle avait retrouvé ses forces et son rang. En 2004, l’Allemagne était derrière nous. Cinq ans après, elle était la première puissance européenne. Il s’agit [...] de vouloir, et de vouloir ensemble.

L’anémie de la France, comme toutes les anémies, provient d’une hémorragie. Les ressources du pays s’en vont, continuellement, par dizaines et dizaines de milliards chaque année vers les pays qui nous entourent, parce que nous ne produisons plus en France.
Là est la première cause de tous nos maux : les emplois s’en vont, le pouvoir d’achat s’effondre, les déficits et la dette explosent, on ne peut plus soutenir les services publics, les jeunes ne trouvent plus les moyens de s’installer dans la vie. Et la double dégradation quasiment annoncée depuis hier de notre pays menacé de perdre son triple A n’est que la sanction de cet affaiblissement.
Pour en sortir, il faut un pacte national. Un pacte national pour produire en France. Tous les responsables économiques, industriels, agricoles, consommateurs, syndicats de salariés, tous les responsables politiques de l’État, des collectivités locales, les responsables des banques, tous doivent être invités à prendre leur part de responsabilité.
Mais cela ne se fera pas tout seul. Cela ne se fera que si le peuple des citoyens en décide ainsi. Il faut une volonté nouvelle pour changer les habitudes, par exemple le climat social dans l’entreprise. Ou encore la consommation pour qu’elle devienne un acte de soutien actif au « produit en France ».
Et il n’y a que la voix et la conscience de notre pays qui pourra inscrire cette production, vitale, dans la préservation et la restauration de notre patrimoine naturel, air, terre, [...] eau, patrimoine d’espèces vivantes, patrimoine d’intimité entre l’homme et la nature, l’homme et les abeilles, l’homme et la planète, au moment, en ce moment, où se déroule à Durban le sommet sur le climat. En particulier, nous aurons devant les Français, publiquement, avec toutes les associations, le débat sur l’énergie, sur la transition que je crois possible vers des énergies sans nuisances pour l’homme et son environnement.

« Produire » n’existe pas sans « instruire ». Ces deux verbes sont liés comme le sont dans le même arbre la racine et le fruit.
Il n’existe aucun pays dans le monde qui ait relevé le défi du « produire » sans gagner la bataille de « l’instruire ».
Bien sûr, l’éducation et la formation, bien sûr, n’ont pas à servir d’abord l’économie. Elles servent d’abord la liberté de la femme et de l’homme en devenir. Elles servent d’abord leur jugement, d'abord leur libre-arbitre, l’indépendance de leur pensée, le précieux bagage de leur culture.
Mais elles servent aussi l’invention, la création, toutes les créations, celle de l’entrepreneur, celle du chercheur, du scientifique, de l’ingénieur, de l’agriculteur, et celle du médecin, celle de l’artisan, de l’artiste, du plasticien, de l’architecte, du designer, du logicien et tout autant la capacité de création de l’employé et de l’ouvrier.
La clé du monde à venir, du monde qui est déjà là, c’est la rencontre entre l’esprit de formation, l’esprit de recherche et l’esprit de production.
Il est une immense attente de sursaut parmi tous ceux qui aiment l’éducation et les éducateurs, de la maternelle au Collège de France. Un immense besoin de reconnaissance, de compréhension, de soutien matériel et moral. Un immense et exigeant besoin de retrouver le véritable rang de l’éducation nationale de la France qui était et doit redevenir le premier.

Et bien sûr, il est une étape indispensable, nous le savons tous : la remise sur pied, la remise en équilibre des finances publiques de notre pays.
Il y a beaucoup d’idées qu’on évoque en ce moment sur l’obligation de traités nouveaux pour obliger la France à retrouver l’équilibre des finances. J’ai été le premier et longtemps le seul à défendre le principe d’une « règle d’or » dans la constitution par laquelle le peuple français interdirait à ses dirigeants la facilité, c'est à dire la lâcheté du déficit, sauf en période de récession. À l’époque, tout le monde était contre !
Mais je veux que ceci soit clair : je refuse qu’on nous raconte que nous devrons faire cet effort pour satisfaire à un traité ou à des menaces de sanction. Ce n’est pas pour l’euro que nous devons supprimer nos déficits et alléger notre dette, ce n’est pas pour l’Allemagne, ou pour l’Europe, ou pour -que sais-je- le Fonds monétaire international : c’est pour nous-mêmes et c’est pour nos enfants.
Cet effort à conduire ensemble, à peut près 5 % de baisse des dépenses publiques et à peu près 5 % d’augmentation des contributions, et 5 % entre nous ce n’est pas hors de portée d'une famille ou d'une entreprise, cet effort-là, c’est pour nous, pas pour les autres, pour l’équilibre de la France, et son indépendance.
Et vous voyez bien qu’il y a là pour moi une conviction de fond : pour se rétablir, un peuple ne peut compter que sur ses seules forces. Quand les problèmes dépassent l’échelon national, il est naturel de s’allier avec d’autres pour les résoudre. Mais quand il s’agit de sa survie, de son organisation intérieure, de son destin, de son équilibre intérieur, il ne peut pas s’en remettre à d’autres. C’est notre affaire, c’est notre avenir. Et c'est pourquoi notre destin est entre nos mains !

J’en appelle à l’effort national en même temps que je suis un militant de l’idée européenne. C’est un idéal que j’aime, autant si je puis dire, que Victor Hugo l’aima, que Robert Schuman et Jean Monnet l’aimèrent, que Pierre Pflimlin l’aima, ou que Valéry Giscard d’Estaing, ou Romano Prodi, ou Jacques Delors, ou Jean-Claude Juncker, ou Wolfgang Schaüble, l’aiment.
Parce que j’aime l’Europe, je refuse qu’on en fasse le Père Fouettard de Bruxelles, au nom imposerait-on à des peuples une discipline venue de l'extérieur ? L’Europe n’est pas faite pour excuser nos lâchetés. Je ne veux pas voir un jour des révoltes contre l’Europe au sein des peuples.
L’intimité entre la France et l’Allemagne est le cœur de la construction européenne. Elle doit le rester. Mais je ne crois pas durable ni bonne dans son principe l’idée que l’Europe se dirige exclusivement à deux, en une espèce de directoire qui se met tous les jours en scène.
On nous dit que désormais l’Europe ne sera plus qu’intergouvernementale, Ce sont là des termes qui paraissent bien savants et pourtant c'est une rupture avec le principe premier de l’Europe, le principe communautaire. C’est l’ensemble au service de chacun, et tous les partenaires à égalité de dignité. Il est un intérêt général européen qui doit être entendu au même titre, et même un peu plus, que les intérêts défendus dans le désordre par chacun des gouvernements. Il faut réaffirmer le rôle d’une commission de plein exercice et respectée. Et les peuples aussi ont leur mot à dire. Ils ont le droit de savoir ce qu’on prépare et décide pour eux. Le Parlement européen et les parlements nationaux sont là pour faire entendre leur voix.
Il faut que l’Europe décide sur l’essentiel, par exemple sur les conditions d’une gouvernance effective de la zone euro, et moins sur l’accessoire.
Et il faudra un jour, je le crois, pour que l’Europe ait un visage et une voix, il faudra un président et un seul pour l’Europe, élu par les citoyens. Car il n’existe pas de démocratie si les dirigeants sont anonymes et sans expression.

Sur tout cela, sur la France et l’Europe, et sur le monde si je le peux, je dirai la vérité aux Français.
Je ne ferai pas de promesses, agréables avant les élections, désastreuses après parce qu’on ne les tient jamais, et quelques fois quand on les tient c'est encore pire. Je ne raconterai pas d’histoires.
Je donnerai à chacun une ligne claire, et la même pour tous.
Je ne parlerai pas à la France en la divisant en catégories séparées, d’âge, de condition sociale, ou d’origine, à qui on donne à chacun le discours censé lui faire plaisir, comme on dit dans les Pyrénées « à chaque âne son picotin ». Je ne parlerai pas aux vieux comme à des vieux : je leur parlerai en citoyens, en citoyens d’expérience. Je ne parlerai pas aux jeunes comme à une catégorie particulière, mais comme à des citoyens de plein exercice qui auront demain à assumer pleinement notre nation.
Je n’opposerai pas les Français les uns aux autres. Un pays n’avance solidement que s’il avance solidairement. Je ne diviserai pas, je rassemblerai.
Quand on doit demander des efforts, la justice est une obligation morale, elle est même la condition de l’adhésion. Le principe de justice, que je suivrai, s’énonce simplement : demander plus à celui qui peut le plus et moins à celui qui peut le moins.
Je serai le porte-parole non d’un parti, mais de l’intérêt général et je restaurerai sans faiblesse l’impartialité de l’État.
Je serai celui qui fera l’égalité réelle entre les hommes et les femmes.
Je défendrai la démocratie et le pluralisme. J’obligerai à la séparation des pouvoirs, qui fera une justice de pleine indépendance et une presse de pleine liberté. J’obligerai à une représentation équitable au Parlement de tous les courants d’opinion, même de ceux contre qui je me suis toujours battu.
Je ne céderai rien à l’extrémisme, qui est un danger mortel pour un peuple. Si nous avions la faiblesse de l’écouter, nous pleurerions un jour des larmes de sang.
Je ne concéderai rien aux candidats qui se croient favoris. Je leur dirai en face que la France a besoin de tourner la page sur leur double et successive hégémonie, et sur les erreurs dont ils ont été tour à tour responsables.
Je donnerai une garantie aux Français et à ceux qui, dans le monde, regardent la France. Je promets aux Français la fin des affaires qui salissent notre pays. Je sais bien que dans les temps que nous allons traverser rien ne sera facile. Je n’ai pas de baguette magique. Mais je garantis au peuple français que, dans l’ère nouvelle qui va s’ouvrir, aucun réseau d’influence financier ou partisan, aucun intérêt particulier, aucun mélange des genres n’aura droit de cité au cœur de l’État.
Je promets de voir et d’entendre ceux que personne ne voit ni n’entend. Ils sont des millions qui ont décroché ou n’ont jamais encore accroché. Ils viennent d’ici ou d’ailleurs. Ils étaient ou sont paysans, c'est-à-dire frères des miens, frères et sœurs de mes parents. Ils étaient ou sont ouvriers, d’ici ou d’ailleurs. Leurs enfants, comme on dit dans les cités « tiennent les murs ». Leurs quartiers ont été souvent oubliés. Ils n’ont pas ou plus d’emplois, ou plus de ressources, plus d’espoir en tout cas. Ils sont souvent seuls et ce sont souvent les plus vulnérables. Personne ne leur parle vraiment. J'essaierai de leur parler, en tant que citoyens, pas en tant qu’assistés ou « catégories sociales », j'essaierai de leur parler pour leur rendre leur place.

Pour gouverner la France en ces temps de tempête, il faut une majorité plus large que les majorités classiques d’un bord contre l’autre. À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. J’ai évoqué la nécessité d’un « esprit d’union nationale ». Il est impératif, et à mes yeux d’ailleurs inéluctable, que pour redresser la France se forme, ouverte à tous les réformistes, d’où qu’ils viennent, une majorité du courage.
Seul un président de la République nouveau, soutenu par le peuple français, libre de ses décisions et de toute dépendance, peut garantir aux Français que les choses vont vraiment changer.
Et nos institutions le permettent, c'est même leur génie, puisqu’elles mettent entre les mains des électeurs un robuste fusil à deux coups : d’abord l’élection présidentielle, ensuite les élections législatives qui éliront les députés décidés à soutenir cette nouvelle majorité, et sanctionneront durement ceux qui s’y refuseront.

Enfin, je veux vous dire que nous n’avons pas seulement la charge du présent ou de l’avenir immédiat.
Nous avons charge d’horizons plus lointains. Nous avons charge du siècle pour la France et pour l'Europe. Je veux vous dire ma certitude que la France doit formuler, pour elle, pour l’Europe et pour le monde, et je crois qu’elle est la seule parmi les nations à pouvoir le faire, elle doit formuler un projet pour développer l’être humain, femme, homme, enfant, dans toutes ses dimensions : santé, équilibre, épanouissement intellectuel, créativité, culture, et même épanouissement philosophique ou spirituel.
Car nous ne sommes pas des organismes à produire et à consommer. Nous sommes destinés à nous élever au-dessus de nous-mêmes, pour comprendre le monde et pour le changer, dans le but d’humaniser l’homme et d’humaniser le monde.
Le monde ne se satisfait plus de l’injustice qui fait que les uns sont gavés, d’euros, de dollars ou de luxe stérile, et les autres n’ont pas même pas d’eau. Le monde ne se satisfait plus du matérialisme. Il exige qu’on prenne en charge la nécessité de tous. Et il espère qu’on lui montrera d’autres horizons pour l’être humain, pour sa liberté et pour sa conscience.

Je viens à cette élection avec ce que la vie m’a donné et m’a appris. Elle m’a donné des racines, dans mon pays des Pyrénées bleues, auprès de mes parents qui n’avaient d’autre horizon que le travail, et aussi les livres, des racines dans la famille nombreuse et rigolote que nous avons voulue, des racines dans notre langue que j’aime et dont je crois qu’elle porte un trésor à nul autre pareil. Elle m’a donné le don de l’amour et de l’amitié. Elle m’a donné l’endurance pour traverser les difficultés. Elle m’a donné de ne jamais accepter que les obstacles soient invincibles. Elle m’a donné la confiance émouvante de femmes et d’hommes engagés, qui ont l’expérience et le niveau de prendre en mains la destinée du pays, et aussi la confiance de femmes et d’hommes, plus nombreux encore, dont la vie n’est pas la plus facile. C’est avec tout cela, ce bagage de vie, ce bagage de gratitude, que je veux servir notre pays au moment le plus impressionnant de notre histoire récente.
L’histoire commence. Nous sommes, vous et moi, au seul rendez-vous qui vaille, celui de la lucidité, celui du courage, celui de la volonté optimiste d’un peuple qui va décider de se relever.

 

 

 

 
Jean Arthuis:" Mon soutien à François Bayrou est en totale conformité avec mes convictions "

2 décembre 2011

"Mon soutien à François Bayrou est en totale conformité avec mes convictions"

 

Jean Arthuis

Jean Arthuis, sénateur de la Mayenne et président de l'Alliance centriste, a confirmé son soutien à François Bayrou et critiqué vivement le programme de François Hollande, dans une interview accordée au journal Var Matin, vendredi 2 décembre.

Var Matin - Hervé Morin est officiellement candidat à la présidentielle. Le regrettez-vous ?
Jean Arthuis - Cette candidature était attendue. Je ne me rallie pas à sa conception de la refondation de la famille centriste qui la place politiquement d'emblée dans le camp d'une éventuelle majorité de droite. Je suis désireux de participer à la reconstruction de la famille centriste, mais je souhaite qu'elle se proclame indépendante, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne peut pas participer à des alliances de gouvernement.

Que répondez-vous à vos «amis» de l'UMP qui vous reproche votre ralliement à François Bayrou ?
Que chacun soit en conformité avec ses convictions. Et puis je suis avant tout «Alliance centriste»... Depuis 2007, en dépit des désaccords qui ont pu surgir, je n'ai pas cessé de dire que je souhaitais une France qui réponde aux attentes des Français. J'ai bien conscience que nous traversons une crise sans précédent et l'urgence est d'apporter des bonnes réponses. J'ai soutenu le gouvernement à chaque fois qu'il prenait des positions qui me semblaient aller dans la bonne direction, mais j'ai aussi souvent été très critique sur l'ampleur des déficits publics et l'ajournement de réformes que j'appelle de mes vœux comme celle de la TVA sociale.

Comment rallier d'autres centristes à cette « Maison commune » ?
Il y a eu trop longtemps des championnats d'ego dans la mouvance centriste. Alors que sur le terrain lorsqu'on rencontre les militants du Parti radical, du MoDem, de l'Alliance centriste et même des centristes de l'UMP, on s'aperçoit qu'ils sont prêts à travailler ensemble.

N'est-il pas trop tard pour 2012 ?
Je ne crois pas. Et puis il n'y a pas que l'élection présidentielle, il y a aussi les législatives. Il faut au moins faire en sorte qu'il n'y ait qu'un seul candidat représentant la famille centriste dans chaque circonscription.

Quel profil pourrait avoir ce candidat unique du centre à la présidentielle ?
Il faut qu'il soit porteur d'un projet original, qu'il ait une valeur ajoutée spécifique, qu'il sorte de l'illusionnisme qui a trop marqué les pratiques politiques et la gouvernance publique. Et si nous avons un candidat, il n'est pas question qu'il aille aux élections en disant par avance l'indication de vote qu'il fera pour le second tour. Il n'est pas question de revivre 2007... En revanche, il faudra se positionner clairement entre les deux tours.

Les appels du pied de François Hollande envers François Bayrou sont de plus en plus insistants. Pourriez-vous, à titre personnel, le soutenir au second tour ?
J'attends de connaître son programme. Les premières indications comme les 60 000 enseignants supplémentaires, les 300 000 emplois-jeunes, la non-remise en cause des 35 heures, la retraite à 60 ans, me paraissent tellement contraires au devoir que nous avons d'assainir les finances publiques et de retrouver de la compétitivité... sans compter sur l'accord préélectoral entre le PS et les Verts. Tout cela ne me donne pas envie en l'état de soutenir un gouvernement François Hollande.

Un gouvernement d'union nationale est-il envisageable voire souhaitable ?
Les grandes réformes que nous avons à accomplir ne pourront pas être mises en œuvre un camp contre l'autre. Il faudra certainement une majorité centrale...

François Fillon vous a missionné sur la zone euro. Un moyen de vous « garder au chaud » ?
Je suis profondément indépendant. Je connais bien Fillon, il a été élu à Sablé dans une circonscription voisine de mon département. Il y a entre nous une vraie relation d'amitié et de confiance.

Que reprochez-vous, au fond, à Nicolas Sarkozy ?
De ne pas avoir tenu l'objectif d'équilibre des finances publiques. Et puis certaines réformes qu'il n'a pas accomplies comme celle d'un autre financement de la protection sociale.

 
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